Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Albrecht Bluhme FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1865-09-19)

1) Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Bluhme.
Paris, 19 septembre 1865.

Monsieur le Ministre.

Dans la dépêche confidentielle que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 31 août dernier, Elle a bien voulu me faire connaître son opinion sur la situation faite au Danemark par la convention de Gastein et la nécessité qui en résulte pour le gouvernement du Roi de décider quelle est l’attitude qu’il lui conviendrait de prendre afin de chercher à tirer des stipulations arrêtées entre les deux grandes puissances allemandes des conséquences relativement favorables à nos intérêts actuels.

s. 38 Après être entrée dans les détails les plus intéressants sur ces importantes matières et qui sont de nature à m’en faciliter la parfaite intelligence, Votre Excellence a bien voulu aussi m’inviter à exprimer mon opinion personelle sur les différents modes d’envisager la question. Elle désire savoir si à mon avis il serait conforme à nos intérêts d’obtenir la rétrocession éventuelle d’une partie seulement du nord du Slesvig, ou bien s’il serait préférable de sacrifier dans le présent un intérêt relativement petit à l’espoir d’un recouvrement intégral de toute la partie danoise du Slesvig dans l’avenir, évitant ainsi de donner, par une seconde transaction, une confirmation nouvelle aux parties les plus essentielles du traité de Vienne. Au cas où je me prononcerais en faveur d’un retour partiel du Slesvig danois au royaume, Votre Excellence me demande enfin de Lui signaler les démarches qui me sembleraient être les plus convenables pour atteindre ce but.

Avant de satisfaire aux questions précises que Votre Excellence a bien voulu me poser, je crois devoir, pour leur plus complète intelligence, résumer la situation générale qui doit nécessairement exercer une si grande influence sur nos intérêts particuliers. Un simple aperçu de cette situation, telle qu’elle est comprise aujourd’hui par la plupart des hommes politiques, contribuera essentiellement à éclairer le côté qui nous concerne, et à déterminer tout à la fois où se trouve présentement le point d’appui que nous devons prendre, et jusqu’à quel point sont justifiées les espérances que nous pourrions avoir dans l’avenir.

Il est évident que l’Europe marche vers une crise dont les conséquences, impossibles à prévoir, pourraient même sensiblement modifier l’état des possessions actuelles de nombre d’états, au détriment, bien entendu, des faibles. Les premiers pas dans cette crise ont été dus à l’antagonisme de la Prusse et de l’Autriche dans la question des duchés qui est loin d’avoir reçu une solution définitive au moyen de la convention s. 39 de Gastein; au contraire, ce premier succès de la Prusse semble bien plutôt devoir être suivi de nouvelles exigences propres à placer l’Autriche dans une alternative des plus difficiles, en ne lui laissant l’option qu’entre l’abandon complet des duchés, ce qui équivaudrait pour elle à la déconsidération universelle, ou la guerre entreprise dans les conditions les plus désastreuses.

Tout indique que la politique de M. de Bismark tend à pousser l’Autriche dans ses derniers retranchements, et les faits viennent à l’appui de cette appréciation confirmée d’ailleurs par les confidences qui ne sont plus aujourd’hui un mystère pour personne, et qui ont été faites encore dernièrement par le Ministre prussien à plusieurs hommes d’état allemands, en vue sans doute de les préparer aux éventualités.

Mais d’une part, si, comme je n’en doute pas, M. de Bismark exprime bien le fond de sa pensée en proclamant ainsi ses vues sur les duchés, il me semble hors de doute que la politique prussienne n’aurait pas osé entrer aussi hardiment qu’elle l’a fait dans une voie pouvant amener même un déchirement complet du grand faisceau allemand, sans s’être assurée d’abord de la possibilité d’obtenir un nouvel appui au dehors. Or, cet appui, la France seule peut le lui donner, et elle l’accordera à la Prusse le jour où elle sera certaine de recueillir de son côté des avantages proportionnels par la réalisation d’une partie du moins du programme de la politique impériale. Assurément rien n’est encore concerté entre les deux puissances, mais leurs intérêts réciproques paraissent, malgré la défiance existant trèsréellement encore entr’elles, devoir les faire converger l’une vers l’autre, et l’on peut dès-à-présent admettre entr’autres, que la Prusse, à laquelle la France laissera dans la question des duchés une liberté d’action entière, à la condition qu’elle y tienne compte, au moins dans une certaine mesure, du principe des nationalités, que la Prusse, dis-je, consenti s. 40 rait volontiers à sacrifier la Belgique à la France, si elle croyait ce sacrifice nécessaire à la réalisation de ses vues ambitieuses dans le nord de l’Allemagne.

L’analyse ci-jointe d’une brochure publiée par M. Deschamps, ancien ministre des Affaires étrangères en Belgique, renferme un aperçu très-remarquable sur l’état des choses actuel en Europe, et je crois d’autant plus devoir placer cette analyse sous les yeux de Votre Excellence, que cet écrit, dans lequel l’auteur, tout en dépeignant exactement la situation générale, a peut-être été un peu vite dans ses prévisions, a produit une grande impression tant en Belgique qu’en France.

En parlant des relations entre les grandes puissances européennes, M. Deschamps dit qu’un accord éventuel entre la Prusse et la France est aujourd’hui des plus vraisemblables; — il fait ressortir surtout la situation privilégiée où se trouve l’Empereur Napoléon, pouvant opter en faveur de l’alliance qui lui conviendra le mieux et qui lui rapportera le plus. La question de la Vénétie lui semble être un obstacle insurmontable à une entente avec l’Autriche, et par contre la direction générale des faits démontre, à son avis, un commencement d’intelligence entre la Prusse et la France, devant se fortifier de plus en plus du moment que l’une et l’autre de ces puissances seront parvenues à s’assurer les avantages réciproques dans la mesure voulue. En ce qui concerne la Belgique, M. Deschamps ne compte en aucune façon sur l’appui de l’Angleterre. La Belgique, dit-il, ne doit compter que sur son patriotisme à l’intérieur et une bonne politique au dehors. En effet, l’ère présente n’a que trop prouvé l’insuffisance du droit le mieux établi contre les entreprises de la force et de la violence, et la grande crise que nous venons de traverser, est la meilleure preuve du fond qu’il faut faire sur une assistance active de l’Angleterre. La disposition générale des esprits y est tellement acquise aux intérêts matériels et pacifiques, que cette puissance s. 41 semble avoir abdiqué toute ambition d’exercer une grande influence sur les questions les plus importantes en Europe; et à ce sujet Votre Excellence n’apprendra peutêtre pas sans intérêt que Lord Cowley, consulté tout récemment par M. de Budberg pour savoir, si, à son avis, le cas échéant, l’annexion d’Anvers à la France serait un casus belli pour l’Angleterre, n’hésita pas à répondre que, suivant son opinion personelle, il devrait en être ainsi, mais que, d’après les dispositions où se trouvaient tous les hommes d’état du pays, il avait lieu de craindre que le fait même de l’incorporation d’Anvers pourrait s’accomplir sans faire sortir l’Angleterre de sa profonde indifférence pour les affaires du continent. Dans ces circonstances, c’est de l’accord à intervenir entre la France et la Prusse que semble devoir dépendre le règlement des grandes questions présentes et futures. Certain du besoin qu’on a de lui, l’Empereur Napoléon attend avec calme qu’on vienne à sa rencontre, sachant que rien ne pourrait se faire sans le concours de la France et que la Prusse ne saurait parvenir à ses fins spéciales sans avoir établi avec lui une entente préalable sur le fond même des choses. Quant à la Russie, les suites ruineuses de la guerre de Crimée et les embarras d’une organisation nouvelle à l’intérieur, ne lui permettront pas de prendre une part active aux solutions qui se préparent. L’intérêt de la Russie en Pologne, qui a été pour beaucoup dans l’abandon dans lequel nous a laissés le cabinet de St. Pétersbourg l’année dernière, lui fait d’ailleurs une loi de ménagemens envers la Prusse. D’autre part, en dehors des considérations que je viens d’indiquer comme devant déterminer l’attitude réservée de la Russie, les sentiments de mauvais vouloir et de rancune qu’a conservés cette puissance contre l’Autriche depuis la guerre de Crimée, contribueraient certainement à lui faire voir de moins mauvais oeil les succès de la politique du cabinet de Berlin.

Votre Excellence appréciera, d’après ce court exposé de s. 42 la situation générale, quelles sont celles d’entre les puissances appelées à exercer une influence directe sur les grandes questions et nommément sur une solution définitive de la question des duchés.

Après avoir satisfait à ce premier point de ma tâche, il me reste à répondre aux questions plus précises que Votre Excellence a bien voulu me poser dans Sa dépêche.

Toutefois, avant d’entrer dans la discussion du fond de la question, et au risque même de me répéter, qu’il me soit permis ici d’exprimer mon avis sur l’influence que la convention de Gastein me semble devoir exercer sur la situation en général, et sur une réalisation éventuelle de nos espérances.

Depuis longtemps déjà j’ai partagé l’opinion assez répandue ici parmi les hommes politiques et que j’ai eu l’honneur d’exposer plus haut à Votre Excellence, savoir que la solution finale de la question des duchés serait tout à l’avantage de la Prusse; d’autre part la conséquence naturelle d’une solution dans ce sens m’a paru être la nécessité qu’il y aurait, le cas échéant, pour la Prusse d’établir une entente préalable avec la France.

Or le cabinet de Berlin n’ignore pas qu’une entente avec la France touchant la question des duchés n’est possible qu’à la condition que la solution définitive de la question tienne compte, au moins dans une certaine mesure, du principe des nationalités. Mais, si j’ai cru que la Prusse ne saurait réaliser ses projets d’annexion sans rendre au Danemark une partie quelconque du Slesvig, je le crois encore bien plus aujourd’hui après les arrangements intervenus entre les deux grandes puissances allemandes. En politique, plus on a à se faire pardonner, plus est élevé le prix du pardon, et certes les stipulations de la convention de Gastein sont de nature à soulever un mécontentement plus général encore que n’en aurait produit l’annexion à la Prusse de la totalité des duchés. L’annexion pure et simple aurait au moins tenu s. 43 compte du principe de l’indivisibilité des duchés, proclamé par les habitants de nationalité allemande, comme étant la condition essentielle de bonheur et de prospérité du pays; la convention de Gastein au contraire, comme le dit si bien la circulaire de M. Drouyn de Lhuys, foule aux pieds tous les droits, quels qu’ils soient. — Aussi M. de Bismark qui se repent peut-être déjà de ne pas avoir trouvé une solution définitive à la question, en insistant à Gastein sur une renonciation complète de la part de l’Autriche de sa part de droits sur les duchés, et qui regrette vraisemblablement d’avoir accepté une situation qui ne saurait être que provisoire et ressemble fort à un armistice, M. de Bismark, dis-je, comprend aujourd’hui plus que jamais qu’il lui faudra absolument, pour parvenir à ses fins, ménager la France; il sent que l’impression pénible produite dans l’Europe tout entière par la situation créée aux deux duchés fait pour lui de cette entente avec la France une nécessité absolue.

A l’appui de ce que je viens de dire, je citerai le fait suivant qui pour nous est d’un intérêt tout spécial dans le moment actuel: aussitôt que plusieurs journaux étrangers eurent publié des analyses ou extraits de la circulaire adressé, en date du 29 août dernier, par M. Drouyn de Lhuys aux représentants de la France au sujet de la convention de Gastein, M. de Bismark fit exprimer au gouvernement de l’Empereur le désir que le texte de la circulaire ne fût pas publié officiellement; le Ministre prussien fit savoir en même temps au Chargé d’affaires de France à Berlin qu’aussitôt de retour dans la capitale il serait prêt à entrer en pourparlers sur la question de la rétrocession au Danemark du Slesvig du Nord. Le fait que j’ai l’honneur de mander à Votre Excellence est certain; je le tiens à titre confidentiel d’une personne attachée au ministère des Affaires étrangères et parfaitement en mesure de le savoir. J’ajouterai que cette personne m’a assuré formellement que jamais encore la situation n’avait été aussi propice aux espérances que nous s. 44 sommes en droit de nourrir, et que M. de Bismark, de plus en plus convaincu de la nécessité de trouver ici un appui, semblait adopter sans arrière-pensée l’idée de la rétrocession, qu’il s’agissait donc maintenant de savoir, quelle partie du Slesvig M. de Bismark serait disposé à rendre; qu’à ce sujet il lui était connu que le Ministre, s’il en constatait la nécessité, était porté à aller plus loin dans la voie des concessions que le Roi, qui paraissait ne pas vouloir accepter l’idée de la rétrocession de Dubbel et d’Als; toutefois qu’à l’égard de ce dernier point on lui avait dit, mais sans pouvoir fonder cette assertion sur quoi que ce soit, que M. de Bismark en admettrait la restitution.

D’après ce que m’a dit cette même personne, on pense ici, que l’application du principe de rétrocession ne s’effectuerait qu’au moment de la solution définitive de la question; on espère toutefois parvenir dès-à-présent à obtenir de M. de Bismark des promesses ou engagements formels, nommément sur la ligne devant servir de frontière future; et les dispositions bienveillantes à notre égard dans lesquelles on est ici, me donnent l’assurance que l’on s’efforcera d’obtenir une rétrocession aussi complète que possible.

Telle est, d’après des données certaines, la situation présente, qui me semble répondre aux espérances qu’il nous était permis d’avoir. Déterminer dès-à-présent, la mesure des avantages qui en découleront pour nous, est assurément impossible; en tous cas je crois qu’il ne faut pas se laisser entraîner à des espérances qui pourraient si facilement être déçues. La rétrocession d’Als et de Dubbel me paraît encore aujourd’hui improbable quoique non impossible; elle dépendra de la nature des phases que traversera la question avant d’être résolue. Si la Prusse cherchait à satisfaire ses vues ambitieuses dans le nord de l’Allemagne, nous pourrions avoir raison d’espérer la restitution de parties du Slesvig ayant une véritable signification politique; mais cette éventualité peut être fort éloignée; aussi me semble-t-elle ne s. 45 pas devoir figurer au nombre des considérations propres à faire prendre une résolution dans la circonstance présente.

Je vais maintenant, après cette digression un peu longue, tâcher de rechercher l’opportunité qu’il y aurait pour nous, à mon sens, à obtenir la rétrocession d’une partie seulement du Slesvig danois. C’est dans ce but que je répondrai à la question que Votre Excellence s’est posée elle-même dans sa dépêche, savoir s’il ne vaudrait pas mieux, dans l’intérêt des éventualités, renoncer dans le présent à la possession de quelques lieues carrées impossibles à défendre et n’ajoutant rien à la force politique du royaume, plutôt que d’accomplir un nouvel acte pouvant impliquer une renonciation tout au moins tacite à nos prétentions sur les autres parties du Slesvig danois.

Par diverses considérations que Votre Excellence a fait valoir dans sa dépêche, Elle m’a facilité ma réponse à la question ainsi posée. En effet Votre Excellence relève ellemême qu’il est probable qu’on trouvera toujours pour l’acte à intervenir, le jour qu’une rétrocession devrait avoir lieu, une formule propre à éviter toute renonciation expresse aux territoires danois non restitués. D’autre part Votre Excellence fait, avec grande raison, remarquer, que le fait d’une réserve de notre part n’aura jamais l’importance qu’a par elle-même cette protestation vivante d’une population danoise retenue malgré elle sous une domination étrangère. Ces considérations suffisent, me semble-t-il, pour démontrer qu’en réalité il n’y a pas de motif sérieux à faire valoir contre l’acceptation d’une partie seulement du Slesvig danois; je me permettrai toutefois encore de soumettre à l’appréciation de Votre Excellence quelques observations touchant les avantages que nous retirerions, à mon avis, d’une rétrocession éventuelle, quand même elle aurait lieu dans les limites dont il est présentement question.

En regard de la position géographique du Danemark, le danger, — éloigné sans doute, mais qui néanmoins ne saurait s. 46 rester en dehors de toute prévision, — qui me paraît être le plus grand pour l’avenir du pays, est celui d’un second partage qui mettrait fin à l’existence de la monarchie, en livrant toutes les îles ou une partie d’entre elles à la Suède et les possessions du continent à l’Allemagne. Le péril dont je parle ne pourrait être amené que par le développement des idées Scandinave et allemande; il me semble par conséquent que nous devrions rechercher tout moyen par lequel nous serions à même d’opposer une barrière à ces dangers qui nous menacent. Or, si nous obtenions la rétrocession d’une partie seulement du Slesvig du Nord, cette zone placée à l’extrême frontière du Danemark du côté de l’Allemagne aurait pour nous une grande importance, quoiqu’elle n’augmenterait pas la force politique du pays. En effet la nationalité danoise de la fraction de territoire rendue serait sauvée par une telle rétrocession, qui, d’autre part, protégerait le Jutland de la contagion allemande, en mettant obstacle à sa dénationalisation, ou du moins en la rendant plus difficile. Par contre la rétrocession en question pourrait servir à entretenir dans les autres parties du Slesvig danois les sentiments de patriotisme qui y existent à l’heure qu’il est, et certes la comparaison à faire entre le sort des populations des deux états ne saurait nous être défavorable. A mon sens, ces quelques considérations sont d’une importance réelle; il en est encore une qui mérite peut-être aussi d’être pesée, savoir celle qu’un premier partage du Slesvig, fait qui jusqu’ici ne s’est jamais produit et qui, une fois mis à exécution, ne permettrait plus qu’on invoquât le principe de l’indivisibilité du duché, établirait un antécédent favorable à nos espérances d’avenir.

Votre Excellence aura pu apprécier, par ce qui précède, avec quelle franchise j’ai déféré au désir qu’Elle m’a exprimé de connaître mon opinion sur la situation du moment. J’ai en effet cherché à faire valoir, avec toute la clarté possible, les motifs pour lesquels j’opine en faveur s. 47 de l’acceptation, le cas échéant, d’une certaine partie du Slesvig danois, laquelle toutefois, à mon sens, ne saurait être moindre que celle qui pour frontière aurait la ligne Apenrade—Höier. D’autre part j’approuve hautement l’appréciation d’après laquelle Votre Excellence conclut qu’il y aurait une grave responsabilité pour un gouvernement quelconque à refuser une partie, parce que l’on ne peut obtenir le tout, et je n’ai pas besoin d’ajouter, que pas plus qu’Elle, je ne pense qu’on pourrait admettre éventuellement des réserves quelconques en faveur de l’élément allemand dispersé dans le nord du Slesvig. En les admettant, on affronterait une situation analogue à celle qui nous a coûté de si grands sacrifices; aussi n’ai-je pas omis, chaque fois que j’en ai eu l’occasion, de bien appuyer sur ce point et de faire comprendre l’impossibilité qu’il y aurait pour nous d’accepter des arrangements de cette nature. Je dois ajouter qu’ici l’on a parfaitement compris nos répulsions à cet égard et qu’on les a même approuvées.

Suivant le désir de Votre Excellence, il me reste encore, avant de terminer, à me prononcer sur l’opportunité qu’il y aurait, à mon avis, à prendre l’initiative d’une action directe, dont le but serait celui d’obtenir la rétrocession en question; ou bien s’il conviendrait de laisser la question venir à nous. D’abord je crois qu’il serait contraire à notre intérêt d’engager directement la question à Berlin. Une pareille démarche faciliterait une transaction, au plus bas prix possible, au cabinet prussien qui se trouverait en présence d’un état faible et échapperait ainsi à l’intermédiaire direct et embarrassant de la France. Quant au gouvernement de l’Empereur, il n’a cessé depuis la conclusion du traité de Vienne, de travailler auprès de M. de Bismark en faveur d’une restitution de territoires au Danemark, en lui faisant comprendre que de la réalisation de cette condition dépendrait le maintien d’une entente cordiale avec la Prusse; et Votre Excellence a pu se rendre compte, par ce s. 48 que j’ai eu l’honneur de Lui mander plus haut, du résultat de ces démarches si souvent répétées. En présence de ces dispositions sympathiques de la France, il n’est pas nécessaire de demander au cabinet des Tuileries un appui qui nous est déjà acquis, mais il serait bon de lui faire savoir que l’on compte à Copenhague sur la persistance de ses bons offices.

En ce qui concerne les deux autres puissances auprès desquelles le gouvernement du Roi pourrait trouver assistance, l’une d’elles, la Russie, est regardée comme favorisant le retour à la monarchie des duchés sous la forme de l’union personelle, solution dont la possibilité n’est admise ici par personne; reste donc l’Angleterre qui a hautement désapprouvé le traité de Vienne et la convention de Gastein, mais qui jusqu’ici ne s’est encore prononcée en faveur d’aucune solution définitive de la question.

Il serait opportun, me semble-t-il, d’agir auprès du cabinet de St. James, afin qu’il joigne ses efforts à ceux de la France, car il ne saurait être douteux qu’un langage et une action identiques des puissances occidentales exerceraient une influence très-sérieuse sur les décisions du ministre de Sa Majesté Prussienne.

Moltke-Hvitfeldt.

Modtaget 25. September 1865.