Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Albrecht Bluhme FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1865-10-09)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Bluhme.
Paris, 9 octobre 1865.

Monsieur le Ministre.

J’ai cru devoir attendre qu’il se présentât une occasion sûre pour faire parvenir à Votre Excellence ce très-humble rapport, que, sans cette difficulté, j’aurais pu Lui adresser plus tôt.

Quelques jours après l’arrivée de M. de Bismark, qui n’a fait à Paris qu’un séjour de 24 heures, du dimanche soir au lundi soir 2 octobre, je me suis rendu auprès de M. Drouyn de Lhuys, afin de lui communiquer la dépêche que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 30 septembre dernier sous le Nr. 19. J’ai cru en effet devoir profiter de la latitude que Votre Excellence m’avait laissée et j’ai donné lecture à M. le Ministre des Affaires étrangères de la dépêche en question, les termes dans lesquels celle-ci s. 56 est conçue ne pouvant que lui être agréables. Aussi M. Drouyn de Lhuys a-t-il accueilli avec satisfaction cette communication, à la suite de laquelle je lui ai demandé, si la situation, en ce qui touche au point nous intéressant tout particulièrement, s’était modifiée depuis la dernière fois que je l’en avais entretenu; j’ajoutai que j’avais l’espoir qu’il aurait profité de l’entrevue qu’il avait eue avec M. de Bismark tout récemment, pour se rendre un compte plus précis de l’intention de ce ministre au sujet d’une rétrocession éventuelle au Danemark de certaines parties du Slesvig.

M. de Bismark, me répondit M. Drouyn de Lhuys, est en effet venu me voir à son passage, mais la visite qu’il m’a faite a été toute de courtoisie, et nous n’avons abordé les différentes questions que dans leur généralité. Néanmoins j’ai soutenu dans ma conversation avec lui la thèse de la restitution au Danemark du nord du Slesvig, et je l’ai trouvé assez bien disposé sur ce point. M. de Bismark ne m’a toutefois pas caché qu’un tel acte serait soumis à de graves difficultés, surtout en regard des tendances de l’opinion publique en Allemagne et l’impression que m’ont laissée ses paroles est celle »que la restitution est une possibilité, non une certitude, qui en tous cas ne pourrait se réaliser que dans des limites très restreintes«. Telle me paraît être la situation, ajouta M. Drouyn de Lhuys, et vous pouvez le mander à votre gouvernement.

Ayant alors exprimé à M. le Ministre des Affaires étrangères toute la peine que j’éprouvais à constater, combien sont limitées, à son sens, nos espérances dans l’avenir, et ayant ajouté, que la rétrocession de quelques parties du Slesvig danois ne saurait à mon avis avoir d’importance politique pour le Danemark, à moins qu’elle ne comprît Dubbel et l’île d’Als, M. Drouyn de Lhuys me dit que la manière dont M. de Bismark s’était prononcé vis-à-vis de lui devait lui faire croire, que la Prusse ne ferait pas abandon de ces deux points. Nous ferons ce que nous pourrons, s. 57 poursuivit le Ministre, pour vous faire obtenir le plus possible; mais nos moyens d’action sont limités, et, si nous n’avons pas pris les armes dans le temps pour défendre l’intégrité du Danemark, vous comprenez que nous les prendrions bien moins aujourd’hui qu’il ne s’agit que de quelques districts du Slesvig. La Prusse ne l’ignore pas. Les fortifications qu’elle fait établir dès-à-présent à Dubbel et à l’île d’Als sont un indice certain de son intention de ne pas restituer ces deux points.

L. Moltke-Hvitfeldt.