Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1866-03-06)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Grev Frijs.
Paris, 6 mars 1866.

Monsieur le Comte,

[I det franske Corps législatif havde 2. Marts 1866 M. de Parieu, Vicepræsident i Conseil d’Etat, udførlig omtalt det slesvig-holstenske Spørgsmaal, Krigen 1864 og Freden i Wien. Referatet (i Le Moniteur Universel, vedlagt Grev Moltke-Hvitfeldts Depeche) havde berørt Gesandten ilde ved den fejlagtige og kølige Maade, hvorpaa den danske Politik var omtalt.]

s. 120 En effet, le discours de M. de Parieu contient non-seulement les erreurs les plus grossiéres en ce qui regarde l’exposé historique de la question, mais il est empreint d’une malveillance pour le Danemark faisant singulièrement contraste avec les sentiments de Sympathie que nous a toujours témoignés le gouvernement impérial. En regard de cette situation j’ai donc cru qu’il était de mon devoir d’entretenir M. Drouyn de Lhuys des faits en question, et je reviens à l’instant du Ministére des Affaires étrangères, où j’ai eu une conversation avec Son Excellence. J’ai abordé l’entretien en exprimant à M. Drouyn de Lhuys l’espoir qu’il voudrait bien accueillir avec cette bienveillance qu’il m’avait toujours témoignée, la démarche que je venáis faire auprès de lui et que je ne croyais pouvoir omettre sans manquer à mes devoirs. Après avoir rappelé en ses principaux traits le discours de M. de Parieu, j’ai appelé l’attention du Ministre, tant sur les omissions et les erreurs grossières du discours, que sur les sentiments de malveillance pour le Danemark dont il est empreint. »II m’a été impossible« — dis-je ensuite à M. Drouyn de Lhuys, »de ne pas vous exprimer toute la peine que m’a causée ce discours, et, sachant qu’il provoquera à Copenhague, surtout à la veille du départ du Prince Royal pour la France, un bien douloureux étonnement, je viens vous demander, si les paroles de M. de Parieu expriment réellement la pensée du gouvmt. de l’Empereur.

Dans le début de notre entretien, M. Drouyn de Lhuys m’avait dit qu’au milieu des nombreuses occupations qui le retenaient depuis plusieurs jours, il lui avait été impossible de prendre connaissance des débats au Corps législatif; qu’il n’avait, par conséquent, aucune connaissance du discours de M. de Parieu. II se fit ensuite apporter le numéro du Moniteur contenant le discours et en prit lecture. Celle-ci terminée, et après avoir entendu mes observations sur les principaux points erronés du discours, — observations que j’avais mises par écrit — M. Drouyn de Lhuys me dit qu’il s. 121 était évident que mes remarques sur les omissions et erreurs commises par M. de Parieu étaient parfaitement fondées; il ajouta que le gouvmt. de l’Empereur ne pouvait désavouer un orateur du gouvmt.; mais qu’il me priait d’exprimer au gouvernement du Roi tous ses regrets de cet incident. M. Drouyn de Lhuys me dit encore: »Nos sentiments de Sympathie pour le Danemark sont naturellement toujours les mêmes et nos dépêches de ces dernières années en font toutes foi. C’est dans ces dépêches qu’il faut rechercher nos idées et notre maniére de voir qui n’est assurément pas celle de M. de Parieu, lequel aurait bien du s’abstenir de faire un exposé historique, complètement oiseux et inutile de la question«.

Je m’empresse, M. le Comte, de vous faire connaître l’accueil bienveillant qu’a trouvé auprès de M. Drouyn de Lhuys la démarche que j’ai cru devoir faire auprès de lui, et qui, j’ose l’espérer, obtiendra la haute approbation de Votre Excellence.

L. Moltke-Hvitfeldt.

Modtaget 10. Marts 1866.