Danmarks Breve

BREV TIL: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1866-06-05)

Udenrigsminister Grev Frijs til Gesandterne i
Paris, London og St. Petersborg
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Copenhague, 5 juin 1866.

A la paix de Vienne le Danemark, accablé par les forces supérieures de ses adversaires, s’est vu contraint de leur céder les trois duchés qui faisaient partie de la monarchie danoise, et de s’engager à reconnaître d’avance les dispositions qui pourraient être prises à leur égard.

A un certain point de vue, le droit de revenir sur la question des destinées des duchés peut donc sembler ne plus lui appartenir, mais il ne s’ensuit pas qu’il doive s’interdire l’espoir que les événemens en amèneront une solution qui tienne compte des intérêts vitaux du royaume. Si la faculté de réclamer pour ses anciens territoires tel avenir plutôt que tel autre lui fait défaut, on ne saurait lui contester le droit de chercher à assurer son avenir et d’appeler de tous ses voeux les conditions d’existence qui lui sont absolument nécessaires.

Il est clair aussi que le règlement définitif de la situation des duchés ne saurait être arrêté sans le concours et la sanction de l’Europe, et dans la phase actuelle des affaires, quand les principales puissances cherchent ensemble les moyens de parvenir à un accord sur la question des duchés comme sur les autres questions qui compromettent le repos de l’Europe, c’est sans doute, de la part du gouvt. danois, une légitime aspiration, que de souhaiter, que la situation s. 191 que lui a faite la paix de Vienne devienne l’objet d’une sérieuse réflexion de la part de ces puissances.

Le traité signé à Londres en 1852 avait reconnu que l’intégrité de la monarchie danoise était un élément nécessaire de l’équilibre général et une condition essentielle du repos du Nord, et si plus tard les puissances neutres n’ont pas cru devoir aller jusqu’à employer les moyens nécessaires pour faire respecter ce traité, l’intérêt général dans lequel cet acte avait été conclu, n’a pourtant pas entièrement cessé d’exister. Aussi dans les conférences de Londres, lorsque des événemens malheureux l’ont emporté sur le désir de maintenir cette intégrité dans l’étendue qu’on avait d’abord eue en vue, 1) les puissances ont au moins reconnu qu’il était indispensable que la nouvelle frontière à assigner au D., répondît aux besoins politiques, militaires et commerciaux de l’état.

Or il n’est malheureusement pas douteux que par la paix, imposée par les puissances allemandes, il n’a pas été donné satisfaction à ces besoins même dans la mesure la plus modeste. Avec un pays ouvert et dépourvu des premières conditions d’une défense efficace, l’existence du D. serait entièrement compromise vis-à-vis de la grande puissance qui, établie par la possession de l’île d’Als au coeur de l’archipel danois, menacerait non seulement ses provinces de terre ferme mais les îles elles-mêmes. Cette puissance dominerait la Baltique et elle finirait par exercer une pression continuelle sur l’équilibre du Nord entier.

Le gouvt. du Roi pense que ces considérations réclament l’intérêt et la sollicitude de l’Europe et il a la confiance que les puissances dans les combinaisons qu’elles proposeront pour assurer la paix générale seront amenées à suivre des principes dont découlera naturellement aussi pour les duchés s. 192 un arrangement qui soit de nature à faire cesser les plus grands dangers, dont se trouve menacé le D., et à sauvegarder les intérêts compromis de ce pays, sans porter préjudice pourtant aux besoins réels d’aucune autre puissance intéressée.

Le gouvt. du Roi ignore s’il peut convenir au plan des puissances qui veulent la réunion d’une conférence, d’admettre dès-à-présent le D. à siéger au sein d’une assemblée dont les décisions ne manqueront pas d’exercer une grande influence sur ses destinées. Mais quelle que devienne la composition et la compétence de cette réunion, le D. croit pouvoir assez compter sur la force des motifs qui parlent en faveur d’un remaniement de sa frontière du sud, pour être certain que ses intérêts ne seront point perdus de vue dans les délibérations qui vont avoir lieu.

Veuillez / Tit. / donner lecture de cette dépêche à S. E. M. le Ministre des Aff. étr. et lui en laisser copie, en ajoutant qu’une communication identique a été faite aux cabinets de /Londres et St. Petersbourg — de Londres et Paris — de Paris et St. Petersbourg/.

Koncept med P. Vedels Haand til Depeche Nr. 11 (Paris), 3 (London), 1 (St. Petersborg).