Danmarks Breve

BREV TIL: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1866-07-26)

Udenrigsminister Grev Frijs til Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i
Paris
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Copenhague, 26 juillet 1866.

Monsieur le Comte.

Je viens de recevoir la dépêche télégraphique que vous m’avez envoyée lundi passé relativement à l’article des préliminaires de paix qui a trait aux duchés et M. Dotézac a de son côté reçu une communication analogue de son gouvernement qu’il a bien voulu porter à ma connaissance. Je vous prie, M. le Comte, d’exprimer à M. Drouyn de Lhuys toute la reconnaissance qu’inspire au gouvernement du Roi ce premier résultat des efforts que le gouvernement de l’Empereur n’a cessé de tenter pour redresser dans la mesure du possible le sort injuste fait au Danemark par la paix de Vienne. Nous ignorons encore l’étendue qui sera donnée dans l’application aux termes généraux: »Les districts du nord du Slesvig«, et je n’ai pas besoin de vous faire observer, combien l’intérêt que la rétrocession du nord du Slesvig peut avoir pour nous, est subordonné à la solution de cette question. Je me contente s. 222 ce sujet de vous rappeler qu’il n’y a pas longtemps nous avons eu l’occasion de nous expliquer sur les considérations nationales et politiques, stratégiques et commerciales qui exigent que tous les districts jusqu’au dessous de Flensborg au moins soient appelés a manifester librement à quel pays ils désirent être unis. Dans ce moment si rempli des préoccupations les plus graves pour le gouvernement impérial, je ne voudrais donc pas revenir ici sur ces explications d’autant moins que je me tiens pour assuré que le gouvernement de l’Empereur dans la marche ultérieure des négociations continuera à vouer à nos intérêts cette bienveillance et cette sympathie active dont nous constatons déjà les effets.

Il y a un point toutefois sur lequel il me semble nécessaire d’appuyer tout spécialement et sur lequel je voudrais pouvoir prévenir une appréciation inexacte de la part du cabinet des Tuileries. Je veux parler de la ville commerçante de Flensborg et de sa position future par rapport à une nouvelle frontière à tracer dans le Slesvig.

Des hommes d’état allemands ont prétendu que Flensborg ne désirait pas appartenir au Danemark, que ses intérêts y étaient opposés et que son avenir serait bien plus brillant, si elle demeurait attachée aux destinées de l’Allemagne.

C’est cette appréciation que je désire réfuter. Toute l’histoire de la ville est là pour prouver que dans toutes les vicissitudes qu’ont subies les pays environnant le bassin de la Baltique, la prospérité ou la décadence de Flensborg a dépendu uniquement de la plus ou moins grande facilité qui lui était faite d’approvisionner les pays septentrionaux. Les pays situés au sud de Flensborg ne l’ont jamais intéressée autrement que comme une des sources d’où elle tirait les marchandises que lui demandait le nord.

Les sentimens de la partie danoise de la population de Flensborg ne sont pas douteux; mais même dans la partie s. 223 allemande prévaut cette opinion, que le commerce de la ville marche inévitablement à sa perte, si elle doit continuer à faire partie des territoires séparés du Danemark par une ligne douanière, et qu’il ne pourra rentrer dans la voie de la prospérité que si la ville est de nouveau rattachée au royaume.

Dans la lettre allemande accompagnée d’une traduction française que je joins à cette dépêche vous verrez, Monsieur le Comte, quelles sont à cet égard les réflexions d’un des bourgeois notables de Flensborg dont j’ai réclamé l’avis et dont les appréciations tirent une grande autorité de sa vieille expérience et de la position qu’il occupe parmi ses concitoyens. Allemand de naissance et d’éducation, ses opinions ne sauraient être suspectes de partialité pour le Danemark. Il affirme, et il est facile de le croire, que ses sympathies ou ses antipathies ne sont pour rien dans les assertions qu’il met en avant. Il n’a qu’un objet devant les yeux: Décider si Flensborg doit naturellement appartenir au Slesvig danois ou au Slesvig allemand. Pour résoudre cette question, il ne met en ligne de compte que les intérêts industriels et commerciaux du duché. Il se demande tout pratiquement: Est-ce que la ville de Flensborg n’est pas sur la pente du déclin? Ne faut-il pas aviser aux moyens de l’y arrêter? Et cette nécessité reconnue, y a-t-il d’autre façon d’y parvenir que de la replacer dans les seules conditions qui lui sont naturelles et la rattacher politiquement et commercialement aux provinces qu’il est dans son rôle d’approvisionner?

Je vous prie donc Monsieur le Comte de faire bien comprendre à M. Drouyn de Lhuys à quel degré il importe que la ville de Flensborg soit comprise dans les territoires qui seront consultés sur leur sort futur et je vous autorise à cet effet de faire de l’annexe de cette dépêche tel usage que vous jugerez utile. Vous ne perdrez pas de vue toutefois qu’une certaine prudence est nécessaire pour ne pas exposer l’auteur s. 224 de cette lettre à des désagréments de la part de ceux qui ne partagent pas sa manière de voir. Quoi qu’il n’ait pas signé ce document, il ne serait pas impossible en effet que les soupçons une fois éveillés pussent se porter sur sa personne.

Koncept med Rettelser af P. Vedel. — Trykt i Les origines diplomat, de la guerre de 1870—71 XI, 227 f. En fransk Oversættelse af det omtalte tyske Brev, der ikke findes i de danske Akter, ligger i det franske Udenrigsministeriums Arkiv. — Det i Begyndelsen omtalte Telegram fra Moltke-Hvitfeldt maa formentlig være det ovenfor angivne af Onsdag 25/7.