Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1866-08-24)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Grev Frijs.
Paris, 24 août 1866.

Monsieur le Comte,

Conformément aux instructions de Votre Excellence je me suis rendu hier, jeudi, chez M. Drouyn de Lhuys et lui ai donné lecture de la dépêche Nr. 19, que Votre Excellence a bien voulu m’adresser e. d. du 15 de ce mois; j’ai en même temps fait connaître à titre confidentiel à M. Drouyn de Lhuys le contenu du rapport de M. de Quaade annexé à la dépêche et lui ai remis le texte du mémoire dans lequel Votre Excellence a précisé la manière de voir du gouvernement du Roi relativement aux différentes questions qui se rattachent à l’exécution éventuelle de l’article 3 des préliminaires.

Après que je lui eus fait ces diverses communications, M. le Ministre des Affaires étrangères me dit qu’il venait d’apprendre que M. Benedetti avait eu, peu de jours après son retour à Berlin, un entretien avec M. de Bismark sur l’art. 3 des préliminaires et que le Président du Conseil prussien avait donné à l’Ambassadeur de France l’assurance que le passage de cet article relatif au Slesvig du Nord serait s. 282 inséré dans l’instrument de la paix définitive. M. Drouyn de Lhuys m’engagea à vous faire parvenir, M. le Comte, cette nouvelle par voie télégraphique ce que je fis le jour même.

Ayant cherché à me rendre compte de ce que pense M. le Ministre des Affaires étrangères de l’application éventuelle du passage de l’art. 3 qui nous concerne, il m’a été facile de constater que ses espérances sur ce point ainsi qu’à l’égard de toutes les questions dont la solution dépend de la Prusse, sont des plus limitées. »Grâce à ses succès militaires la Prusse est prise d’un tel enivrement, me dit M. Drouyn de Lhuys, que vous ne pouvez vous attendre à grande chose. Il me semble toutefois que quand même le résultat, ainsi que nous le prévoyons dès aujourd’hui ne répondait pas à vos légitimes espérances en ne vous restituant qu’une partie du Slesvig danois, il vaudrait toujours mieux accepter la partie offerte que la refuser. Ce serait toujours autant de sauvé.« »Je saisis votre pensée — lui répondis-je, mais la Prusse pourrait vouloir nous proposer une restitution si minime qu’il me semblerait difficile si non impossible de l’accepter.«

J’ai appuyé auprès de M. Drouyn de Lhuys sur l’importance très grande qu’il faut attacher à l’opinion émise par M. de Bismark devant M. de Quaade touchant l’impossibilité qu’il y aurait pour la Prusse d’abandonner les quelques Allemands disséminés dans le Slesvig septentrional à la domination danoise sans prendre des réserves et des dispositions propres à les sauvegarder contre des vexations éventuelles. Ayant dit au Ministre qu’il me semblait évident qu’aucun gouvernement danois ne pourrait accepter de la Prusse un territoire quelconque fût-ce même la totalité du Slesvig si cette restitution devait dépendre de l’acceptation par le Danemark d’obligations internationales conçues dans le sens indiqué par M. de Bismark, M. Drouyn de Lhuys me répondit: »Je partage sur ce point parfaitement votre manière de voir; si le Danemark prenait jamais des s. 283 engagements de cette nature vis-à-vis de la Prusse, il sèmerait le germe de nouvelles difficultés et de dangers menaçants pour son propre avenir.« —

L. Moltke-Hvitfeldt.

Modtaget 28. August 1866.