Danmarks Breve

BREV TIL: George Joachim Quaade FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1867-06-01)

Udenrigsminister Grev Frijs til Kammerherre Quaade, Gesandt i
Berlin
.
Copenhague, 1er juin 1867.

Monsieur.

Dans un entretien que j’ai eu mardi dernier (ɔ: 28. Mai) avec Monsieur de Heydebrand, ce ministre m’a communiqué une dépêche de son gouvernement dont je vous transmets ci-joint la copie.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le déclarer, le gouvernement du Roi a accueilli avec empressement l’ouverture qui lui a été faite relalivement à la mise en exécution de l’article V du traité de Prague. D’après la manière dont il comprend cet article, la rétrocession des districts du nord du Slesvig ne devait dépendre que des voeux librement manifestés de la population. Mais, le comte de Bismarck, dans l’ouverture verbale qu’il avait chargé monsieur de Heydebrand de me faire, ayant indiqué d’autres conditions d’une nature très grave, le gouvernement du Roi aurait méconnu l’importance, qu’aurait pour le Danemark l’acquisition de cette partie du Slesvig, s’il ne s’était montré disposé à faire tout ce qu’il pourrait concilier avec ses devoirs envers le pays, pour rassurer le gouvernement prussien sur les conséquences que le comte de Bismarck paraissait redouter pour la position des habitans de langue allemande. Cela étant, il nous importait surtout de connaître dans une forme précise les garanties que le cabinet de Berlin croyait devoir désirer et que par conséquent il était naturel qu’il définît.

Dans la derniére communication le comte de Bismarck s. 456 insiste sur son désir d’apprendre tout d’abord les vues du gouvernement du Roi sur la manière dont les habitans allemands des districts à rétrocéder pourraient obtenir la sécurité, à laquelle ils ont droit de prétendre, et en présence de cette invitation réitérée, le gouvernement du Roi n’hésite plus de se prononcer.

Nous n’avons pas le moindre doute que les dispositions des traités qui existent déjà entre les deux états, y compris celui de Vienne en tant qu’il règle la position des individus, ne présentent déjà aux Allemands vivant en Danemark toutes les garanties dont ils peuvent avoir besoin, *) et il est notoire que chez nous les Allemands jouissent de tous les droits et franchises désirables, soit qu’ils se décident à s’établir définitivement dans le pays, soit qu’ils y séjournent temporairement pour vivre de leur travail. Dans notre conviction des garanties internationales allant plus loin ne seraient pas seulement superflues: elles seraient funestes. Elles ne deviendraient que trop fertiles en conséquences des plus graves, car elles menaceraient de compromettre les bons rapports que le gouvernement du Roi tient vivement à coeur de conserver intacts avec la Prusse.

Nous nous livrons à l’espoir que le comte de Bismarck s. 457 accueillera ces considérations dans l’esprit qui nous les a dictées et qu’il renoncera à demander des garanties qui, autant du moins que le gouvernement du Roi est à même d’en juger dès à présent et d’après les indications qui lui sont parvenues jusqu’ici de la part du cabinet prussien, paraissent fatalement devoir porter atteinte à l’indépendance du gouvernement du Roi et compromettre les relations réciproques — conséquences, que le cabinet de Berlin, j’en suis convaincu, désire éviter aussi bien que nous. *)

Je vous prie, Monsieur, de faire lecture de cette dépêche à Son Excellence monsieur le comte de Bismarck et de lui en donner copie s’il en exprime le désir.

Koncept med. P. Vedels Haand.