Danmarks Breve

BREV TIL: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1867-06-26)

Udenrigsminister Grev Frijs til Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i
Paris
.
Confidentielle.
Copenhague, 26 juin 1867.

M. le Comte.

J’ai exactement reçu votre rapport Nr. 35 1) qui m’a beaucoup intéressé et je vous remercie de la manière dont vous vous êtes acquitté de la démarche dont il s’agit dans ma dépêche Nr. 15. L’entretien que vous avez su vous ménager avec le prince Gortchakow et votre conversation avec le marquis de Moustier ont contribué à m’éclairer sur une situation qui est devenue plus difficile par la nouvelle note que M. de Heydebrandt vient de me remettre et dont je vous ai déjà envoyé une copie.

Il me serait facile de répondre à cette nouvelle mise en demeure du cabinet prussien, s’il ne s’agissait que de repousser la demande de garanties. Je pourrais me borner à déclarer des stipulations internationales de cette nature incompatibles avec l’indépendance et la sécurité de l’Etat. Tout le monde approuverait une telle déclaration, mais la négociation entamée serait rompue et de tous les côtés on m’a confirmé dans ma propre appréciation quant à l’inopportunité d’un tel résultat. Je pourrais refuser d’entrer dans une discussion quelconque des conditions que la Prusse essaye, par une interprétation unilatérale et arbitraire, d’attacher à une obligation qu’elle s’est imposée par un traité formel, mais je prévois que pour toute réponse la Prusse nous dirait qu’elle ne s’est nullement engagée vis-à-vis de nous par ce traité, et je risquerais qu’elle parvînt à se concerter avec l’Autriche sur une interprétation de l’art. V qui nous ferait perdre le point d’appui que nous offre cet article pour la revendication du Slesvig danois. Aussitôt que j’avais vu avec combien d’assurance M. de Bismark s’exprimait sur le sens de l’art. V, je redoutais qu’un tel accord ne se fût déjà établi et j’écrivis à M. Falbe à ce sujet; mais à en juger d’après le langage que M. de Beust lui a tenu tout s. 496 dernièrement encore, je suis sûr que ma crainte n’était pas fondée, et j’aurais même quelque raison d’espérer que le cabinet de Vienne déclinerait au besoin de s’associer à une telle violence faite au texte du traité. Mais je vous avoue que je n’ai pas une confiance entière dans l’appui que l’Autriche pourra vouloir nous prêter, tant qu’elle n’agira pas de concert avec le cabinet des Tuileries dans cette question. Or, pour opérer au rapprochement entre ces deux gouvernements, en notre faveur, il se présentera bientôt une occasion propice, je veux parler de la visite prochaine de l’Empereur d’Autriche à Paris. M. de Beust lui-même a dit à M. Falbe, que les conversations qu’il aura l’occasion d’avoir alors avec M. de Moustier pourraient bien servir à donner un caractère et une expression plus efficaces à l’intérêt que les deux gouvts. portent à l’affaire slesvigoise.

Je vous prie donc M. le Comte de préparer le terrain pour un tel accord, et je m’en remets complètement à vous du soin d’amener le marquis de Moustier à s’y attacher sérieusement. Mais il ne suffit pas qu’on soit d’accord pour condamner la demande de garanties, car la Prusse sait déjà que tout le monde, le cabt. de St. Petersbourg y compris, désapprouve cette exigence. Si je ne me trompe, M. de Bismark prévoit qu’il ne pourra pas la soutenir, mais tout en étant peut-être disposé à l’abandonner à la fin, il compte néanmoins tirer un parti très important de sa soi-disant concession, celui de restreindre d’autant plus l’étendue du territoire qu’il nous rétrocèdera. C’est donc sur ce second point qu’une action commune de la France et de l’Autriche pourrait surtout nous devenir utile. Vous avez si souvent appelé l’attention de M. de Moustier sur la justice et la nécessité qu’il y a de donner une véritable satisfaction au principe de la nationalité dans le Slesvig, et les voeux de la population des districts de Sundeved et d’Als sont tellement notoires qu’il n’est pas besoin de revenir encore sur ces points.

s. 497 Aussi la seule considération que la Prusse met en avant afin d’avoir un prétexte pour garder ces territoires, c’est l’intérêt militaire que présentent Dybbøl et Sønderbourg. Ceux qui ne connaissent pas suffisamment le véritable état des choses pourraient attribuer une certaine importance à cette considération. Mais un examen un peu attentif en fera voir toute la fausseté.

Il ne faut pas perdre de vue d’abord que ces deux districts sont foncièrement danois, et les exclure de la rétrocession serait violer de la manière la plus flagrante le principe dont on a voulu faire l’application dans l’article V. Ensuite, quand même l’importance militaire de ces deux points serait de nature à justifier une exception à leur égard, il n’en est pas moins clair que Dybbøl et Sønderbourg ne sont pas tout le Sundeved et toute l’île d’Als. Et puis, en définitive, toutes ces conséquences que le gouvt. prussien se donne l’air de redouter de la rétrocession au Danemark de ces deux points militaires n’existent pas en réalité. La véritable ligne de défence pour la Prusse vers le nord, c’est celle d’Eckernförde avec le port de Kiel, le canal de l’Eyder et l’île de Femern; et le seul avantage qu’elle pourrait tirer de la possession de Dybbøl et de Sønderbourg serait d’être plus près du centre des îles danoises et de tenir le Danemark tout entier un peu mieux sous le coup d’une invasion subite. Et, si nous nous engagions à ne pas fortifier ces deux points, ou mieux encore, s’ils étaient neutralisés, il n’y aurait pour la Prusse, sous le rapport militaire, pas même l’ombre d’un prétexte pour les garder. Cette vérité est tellement claire pour qui connaît bien l’état des choses, que la Prusse elle-même, je crois le savoir pertinemment, n’a pas assez de confiance dans ses propres assertions à ce sujet, pour qu’elle veuille dès-à-présent faire des dépenses considérables afin de changer les deux points en véritables fortifications. Tout ce que les journaux ont raconté en sens contraire était dépourvu de tout fondement et avait évidemment pour but de faire accréditer s. 498 cette idée que la Prusse est irrévocablement décidée à ne pas abandonner les dites positions. Dans leurs conversations avec des bourgeois slesvigois, les officiers prussiens avouent en effet, qu’ils n’osent pas compter sur la conservation définitive de ces terrains.

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Je n’ai pas encore répondu à la note de M. de Heydebrandt et il se passera probablement encore quelque temps, avant que je sois bien fixé sur la forme que je donnerai à ma réponse.

Je prendrais plus facilement mon parti, si je pouvais obtenir de Paris, de Vienne et de St. Petersbourg des assurances qui m’autoriseraient à espérer un appui, fût-il uniquement moral, de ces gouvernements dans mes efforts pour voir l’article V exécuté de bonne foi. Je vous prie de tâcher de me renseigner aussi complètement que possible sur les intentions du cabinet impérial. La visite de l’Empereur d’Autriche aura probablement lieu vers le 15 ou le 20 du mois prochain, et, si je ne me trompe, il serait opportun que notre réponse partît vers cette époque, assez avant l’entrevue des souverains pour que la teneur en fût connue, mais sans que le cabinet de Berlin eût encore eu le temps de prendre une résolution qui rendrait plus difficile aux autres cours d’exercer leur influence.

Koncept med Rettelse af P. Vedel.