Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Frederik Falbe FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1867-07-22)

Udenrigsminister Grev Frijs til Gesandterne i
Paris, London, Stockholm, Wien og St. Petersborg
.
Copenhague, 22 juillet 1867.

Monsieur.

Je vous transmets sous ce pli copie de la note que le Ministre du Roi à Berlin vient de présenter au cabinet prussien, en réponse à celle que M. de Heydebrand-Lasa m’avait adressée sous la date du 18 du mois passé. En même temps je crois devoir ci-joindre, pour l’usage de vos archives, une copie de cette dernière note, bien que je puisse supposer que vous la connaissez déjà, le gouvernement prussien ayant eu soin de la publier dans les journaux allemands.

Si nous avons retardé jusqu’ici l’envoi de cette réponse, ce n’est certes pas que nous ayons hésité un instant sur la résolution, que nous devions prendre vis-à-vis de la demande de garanties formulée par la Prusse. Mais avant de répondre nous avons voulu laisser aux cabinets impartiaux le temps d’arrêter et d’exprimer leur opinion sur cette demande, et j’aime à constater qu’ils ont été d’accord pour la désapprouver.

s. 545 Il nous était sans doute permis d’espérer que le gouvernement prussien serait disposé à abandonner de son propre gré cette malencontreuse demande de garanties qu’il ne saurait plus soutenir en présence de cette unanimité des cabinets. Néanmoins pour ne pas froisser le cabinet de Berlin par un refus absolu, nous avons préféré de faire clairement ressortir les dangers, auxquels de telles garanties pourraient donner lieu, et nous déclarer du reste tout prêts à examiner, conjointement avec la Prusse, s’il est possible de trouver des garanties qui soient de nature à la satisfaire sans exposer l’avenir aux dangers, que nous avons indiqués. Il est peu probable que cette expérience aboutisse à un résultat positif. Car pour le fond comme pour la forme de telles garanties internationales ne manqueraient pas de troubler les rapports réciproques des deux états, mais en tout cas nous avons fait preuve de bonne volonté et l’examen en commun de la question fera peut-être mieux comprendre à la Prusse que sa demande serait aussi grosse de complications futures qu’elle est contraire à la disposition de l’art. V. du traité de Prague et absolument superflue pour ce qui est d’assurer la position des habitans d’origine allemande, fixés dans le Nordslesvig. Quant à ce dernier point j’appelle votre attention sur le passage de la réponse de M. de Quaade, où il est fait allusion aux droits religieux, de la presse et de réunion, que la constitution danoise accorde à tous les sujets du Roi. Grâce à ces dispositions, qui, comme vous le savez, n’étaient pas en vigueur dans le Slesvig avant 1863, les habitans d’origine allemande se trouveront aussi heureux dans le Nordslesvig que dans le reste du royaume. La crainte exprimée par le cabinet de Berlin que le régime constitutionel ne permette pas au gouvernement danois de protéger suffisamment ses sujets d’origine allemande, est parfaitement dénuée de fondement, puisque la constitution leur accorde précisément tous les droits qu’ils pourront désirer, et les plaintes que les journaux allemands font entendre s. 546 sur le sort des Allemands qui habitent le Danemark, tombent devant le témoignage spontané et public que ces individus ont porté dans une publication dernièrement insérée aux journaux étrangers et danois.

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Vous remarquerez également, Monsieur, que nous avons mis tous les soins possibles à ménager les susceptibilités du cabinet de Berlin. Ainsi nous avons renoncé à soulever dans notre réponse la question de savoir, si le gouvernement prussien a l’intention d’accorder lui-même aux habitans danois du Slesvig méridional les mêmes garanties qu’il demande au gouvernement danois en faveur des habitans allemands du Nordslesvig, et pourtant une telle question ne serait malheureusement que trop justifiée par le régime que le gouvernement prussien fait peser sur le Slesvig. De même nous nous sommes abstenus de poser la question de l’étendue que la Prusse compte donner à la rétrocession éventuelle bien que, comme vous le savez suffisamment, nous attachions le plus grand prix à ce point important.

Vous savez, Monsieur, qu’on suppose généralement et peut-être non sans raison que le gouvernement prussien serait très disposé à trouver dans notre réponse à sa note du 18 dern. un motif pour rompre les négociations et se borner à nous offrir une partie très limitée du Nordslesvig en déclarant que l’attitude que nous avions prise dans cette réponse, ne lui permettrait pas de satisfaire dans une mesure plus étendue aux dispositions de l’art. V. du traité de Prague. Si telle était réellement l’intention du gouvernement prussien j’aime à espérer qu’il ne vous sera pas difficile de faire voir au cabinet auprès duquel vous avez l’honneur d’être accrédité que nous n’avons nullement donné lieu à un tel résultat de ces négociations.

Je vous prie, Monsieur, de communiquer au Ministre des Affaires étrangères la note de M. de Quaade et de vous guider par les observations précédentes dans les conversations que vous pourrez avoir au sujet de notre réponse.

Koncept med P. Vedels Haand.