Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1867-08-05)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Grev Frijs.
Paris, 5 août 1867.

Monsieur le Comte,

L’incident de la dépêche française sur l’affaire du Slesvig qui a mis en mouvement la presse de Berlin et celle de Paris se trouve presentement vidé; cependant il est resté ici un mécontentement très marqué bien que déguisé des procédés suivis en cette occasion comme en d’autres par s. 554 le cabinet prussien. Voici de quelle manière l’historique de cet incident m’a été fait par le marquis de Moustier luimême.

Le 21 du mois dernier, me dit ce ministre, j’avais adressé des instructions à notre chargé d’affaires, M. Lefebvre, sur le langage qu’il devait tenir à l’égard de l’affaire du Slesvig, mais n’enjoignant en aucune façon à cet agent de faire à Berlin une communication qui dût amener une réponse quelconque. Le document avait pour objet de rappeler au gouvernement prussien la participation de la France aux préliminaires de Nikolsburg où le cas de la rétrocession du Slesvig du Nord avait été prévu, et de s’informer en vertu de cet antécédent auprès du gouvernement prussien ce qu’il entendait par les garanties demandées en faveur des Allemands dans l’éventualité d’un retour au Danemark. — M. de Moustier continua en me disant qu’il avait cru d’autant plus naturel d’écrire à ce sujet à M. Lefebvre que le Cte Goltz lui-même avait pris l’initiative de la chose en lui communiquant la dernière dépêche prussienne qui avait été adressée à Copenhague.

Le 27 juillet M. de Moustier reçut le premier télégramme mentionnant la manière inexacte et malveillante dont la presse de Berlin rendait compte du fait en s’efforçant de le faire apprécier comme étant un engagement diplomatique. M. le Ministre des Affaires étrangères s’empressa d’envoyer le jour-même à M. Lefebvre une dépêche télégraphique non-chiffrée pour lui exprimer sa surprise du langage inconvenant des journaux prussiens et l’espoir fondé que le cabinet de Berlin s’empresserait pour sa part d’éclaircir et de faire disparaître tout prétexte de malentendu; il engageait en même temps M. Lefebvre à faire aussitôt les démarches voulues à cette fin. En outre M. de Moustier adressa à la même date à M. Lefebvre une dépêche écrite pour bien établir le véritable caractère de la première dépêche et constater qu’aucune communication officielle du s. 555 gouvernement français n’avait été faite à Berlin, où, seulement, on avait tenu à exprimer purement et simplement son sentiment sur l’affaire du Slesvig. Dans cette dépêche du 27, M. de Moustier faisait observer que lors-même que M. de Thile aurait lu quelques uns des passages des instructions transmises à M. Lefebvre ce fait aurait été de la part de ce dernier, un simple acte de courtoisie, pratiqué de tous temps entre diplomates et ne pouvant être interprété comme étant le fait d’une communication gouvernementale. Là-dessus le Ministre reçut le 29 ou le 30 juillet une dépêche de M. Lefebvre annonçant que l’incident n’était pas encore terminé, M. de Thiele ne lui ayant pas donné une réponse catégorique. Le 30 une dépêche télégraphique de M. de Moustier, non-chiffrée, répétant le contenu de la première et insistant pour que le cabinet prussien admît les faits dans leur vérité, fut expédiée à Berlin. Il lui fut répondu le lendemain par télégramme du chargé d’affaires français que M. de Thiele s’étant rendu à l’évidence l’incident était vidé. En effet la Gazette du Nord de l’Allemagne ne tarda pas à s’exprimer dans ce sens.

En terminant le récit qu’il avait bien voulu me faire, M. de Moustier me dit que l’Ambassadeur de Prusse étant venu prendre congé de lui avant son départ, il a saisi cette occasion pour lui faire apprécier l’attitude réservée de la France à propos de l’incident qui a donné lieu à la polémique des journaux en remettant entre les mains du Cte Goltz le dossier tout entier de la correspondance qui s’en est suivie.

D’après M. de Moustier le cabinet prussien se serait servi avec empressement, à la veille des élections pour le parlement allemand, du prétexte d’une immixtion française dans une question allemande pour agir sur les esprits. . . .

L. Moltke-Hvitfeldt.

Modtaget 8. August 1867. — De angivne Dateringer af franske Akter synes ikke helt at stemme med Akterne i det franske Udenrigsministeriums Arkiv.