Danmarks Breve

BREV TIL: George Joachim Quaade FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1867-12-17)

Udenrigsminister Grev Frijs til Kammerherre Quaade, Gesandt i
Berlin
.
Copenhague, 17 décembre 1867.

Monsieur.

Vous savez à quel degré la négociation actuelle, relativement à la rétrocession d’une partie du Slesvig se résume pour le gouvernement du Roi dans la question de savoir quelle étendue le cabinet prussien entend donner à cette rétrocession. L’intérêt politique qui se rattache pour nous à l’arrangement dont il s’agit se trouverait complètement compromis, si la nouvelle frontière ne devenait pas telle qu’en satisfaisant les voeux et les besoins de la population du Nordslesvig, elle avait pour effet d’écarter le seul sujet de dissentimens, qui puisse dans l’avenir empêcher, qu’il ne se forme entre les deux états des liens d’amitié capables de résister à toutes les épreuves des circonstances politiques changeantes. Car tant que la même cause existerait, ne fût-ce qu’en partie, les mêmes effets ne cesseraient pas de se produire, au détriment de l’entente sincère sur laquelle le gouvernement de Danemark dans son intérêt bien entendu désire pouvoir baser un système politique permanent pour s. 692 ses relations extérieures, entente qui, je le crois, ne manquerait pas de présenter également des avantages pour la Prusse. Mais à cette considération dont la justesse nous était claire depuis longtemps, il s’en est venu joindre une autre non moins grave depuis que le gouvernement prussien a cru devoir formuler une demande de garanties comme condition de la cession. Les difficultés et les dangers inhérens à des engagemens de cette nature, resteront les mêmes, quelle que soit l’étendue du territoire pour lequel ces garanties seraient données; mais, quelque grande que pût être la disposition du gouvernement du Roi à faire certains sacrifices pour réaliser un véritable avantage, cette disposition ne serait pourtant pas la même, s’il savait qu’un prix si considérable ne lui vaudrait qu’un agrandissement insignifiant sous le point de vue de force matérielle et dépourvu de tout intérêt politique.

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J’ai donc éprouvé un véritable regret de ce que les indications que vous avez pu me donner, ne sont pas de nature à me rassurer pleinement sur la manière dont le cabinet prussien envisage dès-à-présent ce point capital. Le gouvernement du Roi est toutefois trop pénétré de la vérité des considérations que je viens de vous expliquer pour qu’il puisse abandonner l’espoir qu’elles finiront par gagner le cabinet de Berlin pour une solution, conforme aux intérêts réciproques, et dans tous les cas nous tenons à prouver que nous ne voulons épargner aucune peine pour que la négociation actuelle aboutisse à un résultat satisfaisant.

Le gouvernement du Roi vous autorise par conséquent, Monsieur, à entrer en discussion avec le plénipotentiaire prussien sur les garanties dont il vient de vous communiquer un aperçu succinct. Vous connaissez déjà mes vues au sujet des différens points, auxquels ces garanties ont trait, et vous savez que sous plusieurs rapports la proposition prussienne a besoin d’éclaircissemens ultérieurs et de modifications essentielles. Je me plais à croire que vos efforts s. 693 pour amener le plénipotentiaire prussien à agréer nos observations à ce sujet ne seront pas inutiles et cette confiance se corrobore et augmente quand je me rapporte à l’assurance que monsieur le comte de Bismarck m’a donnée dans sa dépêche à monsieur de Heydebrand-Lasa, que le gouvernement prussien ne demanderait pas de garanties qui seraient de nature à porter atteinte à la souveraineté du Roi ou à donner lieu à des complications futures. Le principe contenu dans ces paroles semble très propre à faciliter un rapprochement et un accord complet entre les deux gouvernements.

En supposant que notre attente à ce sujet ne soit pas déçue, il est essentiel de bien expliquer dès-à-présent au gouvernement prussien que toutes les concessions auxquelles nous pourrions nous décider dans la question des garanties, sont nécessairement subordonnées à une délimitation équitable de la ligne géographique à adopter pour l’interrogation des voeux des populations.

Je vous prie, Monsieur, de vous énoncer dans le sens de cette dépêche dans l’entretien que vous tâcherez d’avoir avec monsieur le comte de Bismarck dès que vous serez de retour à Berlin.

Koncept med P. Vedels Haand til Depeche Nr. 24.