Danmarks Breve

BREV TIL: George Joachim Quaade FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1868-03-09)

Udenrigsminister Grev Frijs til Kammerherre Quaade, Gesandt i
Berlin
.
Copenhague, 9 mars 1868.

Monsieur.

J’ai lu avec toute l’attention douloureuse qu’ils méritent, les rapports dans lesquels vous m’avez rendu compte des dernières communications que le commissaire prussien vient de vous faire. D’un côté, je vois que son gouvernement, tout en acceptant les concessions que nous nous étions déclarés prêts à faire dans l’hypothèse d’une entente en général, ne s. 795 se montre pourtant pas disposé à s’écarter à aucun égard de ses demandes antérieures. J’apprends au contraire qu’il entend les maintenir quant aux points essentiels dans toute cette rigidité qui les rend malheureusement incompatibles avec les intérêts les plus évidents d’un gouvernement indépendant. De l’autre côté, pour ce qui concerne la votation éventuelle des populations, on veut la restreindre dans des limites qui sont bien loin de répondre même à nos prévisions les plus modestes, car la frontière de la baie de Gjenner, au lieu de consacrer l’intégrité de la nationalité danoise, ne servirait qu’à couper en deux le Nordslesvig danois.

Je ne reprendrai pas ici l’examen des garanties que le gouvernement prussien a cru devoir nous demander, car je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai déjà fait observer à ce sujet, et je crois que ces observations suffisent amplement à démontrer que l’adoption de ces garanties serait contraire au principe, reconnu d’ailleurs par le cabinet de Berlin aussi bien que par nous, qu’on doit exclure des engagements éventuels tous ceux qui seraient de nature à porter atteinte à la souveraineté du Roi, et à jeter dans nos relations futures le germe de regrettables complications. Pourrait-on en effet imaginer une anomalie plus flagrante, une condition plus profondément inacceptable, que celle qui imposerait au gouvernement danois l’obligation de supprimer l’usage de la langue danoise dans l’instruction primaire et obligatoire ainsi que dans le service principal des églises, dans des villes qui lui auraient été rétrocédées précisément à cause de la nationalité de leurs habitants? Je peux jusqu’à un certain point m’expliquer les scrupules du gouvernement prussien au sujet des intérêts du petit nombre d’Allemands qui habitent le Nordslesvig, bienque je ne les trouve ni justifiés par les circonstances ni conformes au but et à la base historique de ces négociations. Mais ce que je ne saurais comprendre et ce à quoi le gouvernement du Roi ne pourrait jamais souscrire, c’est qu’on veuille nous imposer une mesure s. 796 qui aurait pour unique résultat d’assurer à la minorité allemande une domination permanente dans l’église, l’école et la commune, domination qu’elle exercerait au préjudice des intérêts les plus sacrés de la majorité danoise, et sous le protectorat d’un puissant gouvernement étranger dont elle serait autorisée à invoquer l’intervention chaque fois qu’elle se croirait froissée dans ses droits par les actes de son propre gouvernement.

Je ne m’étendrai pas davantage sur les motifs qui nous font attacher une si grande importance à une solution satisfaisante de la question territoriale. Si cette question doit déjà en elle-même nous intéresser au plus haut degré, elle se rattache encore d’une manière très intime et à un double titre à l’objet plus spécial des pourparlers que vous poursuivez avec monsieur Bucher. Quelque limitées que fussent d’ailleurs des assurances internationales, elles ne manqueraient pas de présenter de sérieux dangers. Mais ces dangers se trouveraient du moins compensés par un avantage politique réel, si nous obtenions, au prix de nos sacrifices, les conditions territoriales d’une entente sincère avec la Prusse que sanctionnerait désormais la sympathie mutuelle entre les deux peuples. Mais il y a plus: ces dangers seraient encore considérablement diminués, puisqu’il nous serait alors permis d’espérer que les dissidences d’interprétation, inhérentes à nos engagements internationaux, ne se compliqueraient plus de l’amertume du passé.

C’est dans cet ordre d’idées que nous avons agi jusqu’ ici, et il doit encore régler notre conduite.

Amenés par notre désir de faciliter à la Prusse la tâche de résoudre la question de la délimitation d’une manière équitable nous nous sommes déclarés disposés à assumer éventuellement les obligations mentionnées dans vos pourparlers avec M. Bucher, mais nos offres n’ont pu être si étendues que dans la prévision que leur accomplissement nous serait rendu moins difficile par la fixation d’une s. 797 frontière conforme aux voeux des populations et qui serait désormais un gage d’une réconciliation durable entre les deux pays. Or, du moment que cette prévision ne se réalisait pas, nous serions dans l’impossibilité de maintenir nos offres précédentes ou d’assumer des garanties en faveur des habitants allemands du territoire rétrocédé, autres que celles que la Prusse elle-même, en concluant la paix de Vienne, a jugées suffisantes pour assurer le sort des éléments danois beaucoup plus nombreux de la partie du Slesvig qui devait rester entre ses mains.

Le point de vue sous lequel nous jugeons la question me paraît si impartial et si logique que je ne puis pas encore renoncer à l’espoir que les considérations précédentes finiront par être appréciées par un gouvernement qui, j’aime à le croire, désire réellement que ces négociations aboutissent à un résultat heureux. J’ai donc l’honneur de vous prier, Monsieur, de les faire valoir avec les développements qu’elles comportent, et je vous autorise même à lire cette instruction à monsieur le commissaire prussien et à lui en remettre une copie, en lui demandant de la soumettre à Son Excellence monsieur le Ministre des Affaires étrangères.

Afskrift af Depeche Nr. 4, rettet af P. Vedel. — Egentlig vistnok den oprindelige Udfærdigelse, da Grev Frijs’ Underskrift (overstreget) findes derunder.