Danmarks Breve

BREV TIL: Peter August Frederik Stoud Vedel FRA: George Joachim Quaade (1868-05-01)

Bilag til Brev fra Kammerherre Quaade, Gesandt i Berlin, til Direktør P. Vedel1. Maj 1868. Kammerherre Quaades Udkast til Henvendelse fra Kongen til Kongen af Preussen.

I.

Mons. mon Frère! Dans l’état actuel de la négociation poursuivie entre nos gouvts. sur la rétrocession éventuelle au Danemark d’une partie du Slesvic, j’éprouve le besoin de m’adresser directement à V. M. pour m’entretenir sans réserve avec Elle des raisons qui à mon avis ont jusqu’à présent rendu infructueux nos efforts pour arriver à l’entente désirée de part et d’autre.

Je parlerai avec une franchise qui égalera la confiance que je place dans les sentiments de justice et de parfaite équité qui animent V. M.

En entrant dans la négociation qui nous occupe nous nous sommes proposé exactement le même but. —

Comme moi, M. m. F. vous voulez une véritable réconciliation entre nos deux États devenus voisins, et à cet effet, afin de faire revivre entre eux les anciens rapports d’amitié et de bonne intelligence, en écartant tout sujet de grief et de discorde pour l’avenir, vous m’avez offert la cession conditionelle de quelques districts du nord du Slesvic.

Je vous suis sincèrement reconnaissant de cette offre, M. m. F., mais plus je rends justice aux intentions généreuses s. 80 envers moi, qui vous en ont inspiré l’idée, plus je regrette de ne pouvoir partager votre opinion sur son efficacité comme moyen d’arriver à notre but commun. Pour que vos intentions et les miennes, M. m. F., se réalisent d’une manière pratique, les proportions aussi bien que les conditions dans lesquelles se ferait le remaniement territorial dont il s’agit, et notamment l’étendue du territoire dont les populations devront être consultées, sont de la dernière importance.

Depuis la dissolution de la monarchie danoise, le Danemark ne saurait pour sa politique extérieure avoir d’autre but que de cultiver et de cimenter de plus en plus ses relations de voisinage avec l’Allemagne. De là dépend son existence future comme État indépendant et autonome.

Que le gouvt. de V. M., de même que le gouvt. danois, aura constamment à coeur de ménager et de sauvegarder ces relations, je ne saurais en douter; mais je suis intimement convaincu que nos efforts communs seront stériles tant que la frontière qui divise les deux États coupera en deux la nationalité danoise et en séparera une grande partie contre sa volonté de la mère patrie. Au nord comme au sud de cette frontière il y aura constamment une agitation aussi indomptable que pernicieuse, sur laquelle l’action de l’autorité restera impuissante et qui, en alimentant un antagonisme des plus profonds entre l’élément danois et l’élément allemand, élèvera une barrière infranchissable entre les deux gouvernements comme entre les deux peuples.

Il dépend de V. M. de porter remède à ce triste état de choses par un acte de prévoyante magnanimité.

Il ne s’agit que d’un territoire peu considérable, habité par une population purement danoise qui désire rester danoise; et ce territoire, qui consiste principalement dans une presqu’île et une petite île qui pénètre jusque dans le corps du royaume de Danemark, n’est par lui-même d’aucune valeur pour la Prusse. Il est vrai que les armes prussiennes y ont remporté des victoires. — Loin de moi de contester le prix s. 81 que V. M. doit en conséquence attacher à ces lieux en souvenir de la bravoure de Ses troupes. Mais vos armées, M. m. F., ont combattu avec autant d’honneur et de succès autrepart sans que pour cela les lieux témoins de la gloire prussienne soient restés au pouvoir de la Prusse; et l’armée prussienne, dont les exploits se trouvent inscrits dans l’histoire, peut donc en tout honneur se passer de ce souvenir, qui ne sera qu’un souvenir matériel.

C’est à V. M. surtout qu’il en coûtera de porter le sacrifice de ce territoire; mais, M. m. F., plus sera grand le sacrifice et plus sera éclatant l’acte de générosité par lequel vous donneriez suite aux désirs de la population dont il s’agit, plus sera complète et véritable la réconciliation entre le Danemark et l’Allemagne.

Les positions militaires qui se trouvent sur le territoire en question ont bien certainement de la valeur; mais quelqu’incontestable qu’elle soit, cette valeur n’est pourtant que relative. Pour la Prusse les positions de Düppel sont superflues contre le Danemark; car ce pays est partout ouvert aux forces militaires de la Prusse; et d’autre part elles ne pourraient jamais devenir dangereuses pour la Prusse en se trouvant dans la possession du Danemark. D’ailleurs du moment où le Danemark serait redevable à V. M. d’avoir recouvré sa complète intégrité nationale, il ne jugerait pas compatible avec son honneur de fortifier ces positions pour * ) s’en servir contre la Prusse; et s’il devenait nécessaire je ne ferais aucune difficulté de prendre à cet égard les engagements les plus positifs et formels, de même que j’ai déjà depuis longtemps déclaré être prêt à assurer aux habitants allemands des districts du Slesvic qui seraient rendus au Danemark, toutes les libertés et tous les droits compatibles avec une liberté égale et les droits non moins sacrés de s. 82 leurs compatriotes danois ainsiqu’avec les attributions souveraines et imprescriptibles de ma Couronne.

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Votre Majesté décidera maintenant comme Elle jugera juste et équitable; mais quelles que soient les déterminations auxquelles vous vous arrêterez, M. m. F., je suis sûr qu’avant de prendre une décision définitive, vous vous mettrez à ma place, et en rendant ainsi justice aux intentions qui m’ont dicté ces lignes, vous comprendrez que, si je me suis abstenu d’accepter ce que vous m’avez offert dans la générosité de votre coeur, ce n’est pas faute de reconnaissance ou parceque je n’apprécie pas votre bonne volonté, mais uniquement parce que je sais que l’acceptation de cette offre ne fournirait qu’un remède partiel contre le mal que nous voudrions faire disparaître, et que par conséquent les effets de ce mal continueraient à se produire dans l’avenir dans le même étendue que par le passé au détriment de cette entente sincère et intime sur laquelle tout gouvt. danois devra désirer pouvoir baser sa politique extérieure.

II.

Mons. mon Frère, Dans l’état actuel de la négociation poursuivie entre nos gouvts. au sujet d’une rétrocession éventuelle au Danemark d’une partie du Slesvic, j’éprouve le besoin de m’adresser directement à V. M. pour m’entretenir sans réserve et loyalement avec Elle des raisons qui à mon avis ont jusqu’à présent rendu infructueux nos efforts pour arriver à l’entente si ardemment désirée de part et d’autre.

En agissant ainsi je remplis mon devoir envers V. M. aussi bien qu’envers mon peuple, et je pourrai donc parler avec une franchise qui égalera la confiance que j’ai dans les sentiments de justice et d’équité parfaite qui L’animent. —

Connaissant la générosité de votre coeur, M. m. F., ainsique la droiture de votre caractère et la prévoyante sagesse qui distingue votre règne, je sais qu’en me proposant la s. 83 négociation qui nous occupe, vous avez eu en vue non seulement de vous acquitter d’un engagement pris envers une tierce puissance, mais de me conférer un bienfait à moi et à mon peuple, et surtout d’arriver à établir sur des bases solides et durables une entente cordiale entre deux nationalités qui par leur origine et leur voisinage sont appelées à travailler ensemble à la même oeuvre de progrès et de civilisation. * )

C’est dans ce même esprit que, plein de reconnaissance envers V. M., j’ai compris et accepté Sa proposition, et nous avons donc fixé un but commun pour la négociation.

Mais si ainsi nos vues s’accordent complètement quant au but à atteindre, ce n’est toutefois que jusqu’à un certain point qu’il en a été de même en ce qui concerne les moyens d’y arriver. —

Comme moi, M. m. Fr., vous avez voulu une véritable réconciliation entre les peuples qui habitent nos états devenus voisins, et à cet effet, afin de faire revivre entre eux les anciens rapports d’amitié et de bon voisinage en écartant pour l’avenir tout sujet de grief et de discorde entre les deux nationalités auxquelles ils appartiennent, votre gouvt. a fait au mien l’offre d’un remaniement conditionnel de la frontière qui sépare le Danemark du Slesvic.

Je rends parfaitement justice aux intentions qui ont inspiré cette idée à V. M., et je Lui en suis, comme je l’ai déjà dit, sincèrement reconnaissant; mais c’est ici que nos vues sur les moyens de nous entendre commencent à différer; car pour que vos intentions et les miennes se réalisent d’une s. 84 manière pratique, les proportions aussi bien que les conditions du remaniement territorial projeté, et notamment l’étendue du territoire dont les populations seraient consultées, sont de la dernière importance.

Depuis la dissolution de la monarchie danoise, le Danemark etc. som det andet Udkast.

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