Danmarks Breve

BREV TIL: Alexander Nikolaevitj Romanov FRA: Christian 9. (1868-05-17)

Kong Christian IX til Kejser Alexander af
Rusland
.
Copenhague, 17 mai 1868.

Monsieur mon frère. Votre Majesté Impériale m’a donné tant de preuves précieuses de Son amitié pour moi et de Son intérêt pour le Danemark, que je n’hésite pas de m’adresser à Elle, dans les circonstances difficiles où je me trouve placé, pour demander à Sa sagesse des conseils et à Sa bienveillance un concours qui me permettent d’espérer un résultat heureux de mes efforts.

Depuis plus d’un an déjà des pourparlers se poursuivent entre mon cabinet et celui de Berlin sur le règlement de s. 123 la frontière qui séparera mes états de ceux de la Prusse, mais je ne peux plus me dissimuler, que ces pourparlers n’avancent pas, et, à moins que S. M. le Roi de Prusse ne consente à leur donner une nouvelle impulsion, je crains fort, que le résultat n’en réponde pas aux sentimens d’équité qui avaient engagé S. M. à ouvrir cette négociation avec moi.

Vous connaissez, Sire, mieux que personne le fond intime de ma pensée, la ligne de conduite politique que je compte tenir et le but qu’il me faudra constamment poursuivre, puisque mon ministre des affaires étrangères s’est depuis long temps ouvert 1 ) au cabinet de Votre Majesté avec toute la franchise, à laquelle l’autorise l’amitié intime et sincère qui nous unit. Vous savez donc, Sire, que loin de m’abandonner à l’amer souvenir des malheurs que j’ai éprouvés et loin de suivre avec une inquiétude jalouse les progrès de la Prusse vers les destinées que la Providence a réservées à son Roi et à son peuple, je ne connais qu’une ambition, celle de fonder mes rapports avec mon voisin du midi, comme avec tous les autres pays, sur une entente complète et durable, et je ne nourris qu’un désir, celui de voir se réaliser les conditions qui, au milieu des complications qui pourraient surgir en Europe, assureraient le mieux à mon gouvernement une neutralité stricte et permanente, offrant des avantages non seulement pour le Danemark mais, par suite de la position géographique de mes états, pour le Nord entier.

Votre Majesté sait, que mes voeux se bornent à pouvoir obtenir cette frontière de Flensbourg, que les élections de ces dernières années ont tant de fois marquée et que les faits désignent tous les jours plus clairement comme étant la vraie limite entre les populations danoises et allemandes. Vous apprécierez, Sire, dans Votre haute impartialité, si cette demande est exorbitante de la part d’un roi qui vient s. 124 de perdre les deux cinquièmes de l’état sur lequel il avait été appelé à régner par un acte européen, 1 ) si la cession de ces quelques milles carrés 2 ) représente un sacrifice réel pour la Prusse, si enfin l’importance que j’attache à cette frontière, est exagérée, ou si elle n’est pas plutôt 3 ) pleinement justifiée par des considérations dont S. M. le Roi de Prusse ne pourra pas vouloir Se refuser 4 ) à reconnaître le poids décisif. Sous le point de vue matériel, la cession de Dybbøl et de l’île d’Als ne rendrait pas la Prusse moins puissante, et si le moindre doute pouvait encore subsister à cet égard dans l’esprit du gouvernement prussien, je m’engagerais à neutraliser toute l’importance qu’on penserait devoir attribuer à ces points stratégiques, en m’obligeant à n’y pas faire exécuter des travaux fortificatoires. — En effet je ne mettrais pas une si grande insistance à rechercher cette frontière, si elle ne représentait pour moi qu’une acquisition purement territoriale. Mais ce qui m’importe avant tout, c’est que moi et mon peuple nous ne soyons pas continuellement tenus en émoi par le spectacle navrant d’une population danoise, désolée de se voir violemment séparée de la patrie et qui ne cesse d’appeler de tous ses voeux la réunion à ma couronne. Le coeur du Roi de Prusse ne saurait certes refuser Ses sympathies à ces sentimens loyaux et patriotiques et S. M. reconnaîtra que, tant que cette plaie cruelle restera ouverte, tous les efforts de mon gouvernement pour imprimer aux relations entre les deux états un caractère d’intimité et d’invariabilité, devront nécessairement rester impuissans.

Tous ceux qui connaissent le Nord-Slesvig, pourront témoigner, que je ne me berce pas d’une illusion, en disant, que, si autrefois on a pu s’abuser en Allemagne à ce sujet, s. 125 il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer, que la grande majorité de la population dans cette partie du Slesvig est danoise, et désire rester danoise, et qu’elle se prononcera dans ce sens, dès qu’elle sera admise à la votation 1 ) qui fait l’objet de mes voeux. Sans doute il y a des élémens allemands dans le Nord du Slesvig, de même que de nombreux Danois habitent le midi, mélange de populations tel qu’il existe toujours dans les pays limitrophes, et ici je touche à un autre point, non moins capital de la négociation actuelle: je veux dire les garanties que le cabinet prussien a cru devoir réclamer en faveur de ces Allemands dans le Nord du Slesvig.

A ce sujet je ne fatiguerai pas l’attention de V. M., en Lui soumettant les détails des pourparlers. Je les passe d’autant plus volontiers, que je connais au Roi Guillaume un sentiment trop élevé de la dignité royale pour qu’il puisse vouloir, que des sujets soient autorisés à porter plainte de leur souverain à une puissance étrangère, et S. M. Prussienne a trop d’expérience pour ne pas reconnaître, que rien n’est plus préjudiciable aux rapports de deux états que le droit réservé à l’un de contrôler les actes d’administration intérieure de l’autre. Si une telle position devient facilement 2 ) inconciliable avec l’indépendance de l’une des deux parties, elle ne manquera pas non plus dans mainte occasion de se montrer très onéreuse et très embarrassante pour l’autre. J’ai une grande confiance dans le caractère et dans l’équité du Roi de Prusse! Que S. M. ne refuse pas de Son côté de mettre une égale confiance dans ma justice et ma sagesse politique, qui, mieux que toute convention internationale, m’engageront à traiter tous mes sujets, quelle que soit leur langue, avec une parfaite impartialité. 3 )

s. 126 Les considérations que je viens d’expliquer à V. M. I., me paraissent si fondées, que je ne doute pas, qu’elles ne soient approuvées par Elle et je me flatte même de l’espoir, qu’elles ne manqueraient pas d’exercer une heureuse influence sur les décisions du Roi Guillaume, si je pouvais les Lui soumettre. Mais une réflexion me retient de suivre les impulsions de mon coeur, en m’adressant directement à S. M. prussienne. Je ne me dissimule pas, que la manière 1 ) d’envisager cette question, que je viens d’exposer, diffère trop essentiellement des vues qui ont dirigé jusqu’ici le cabinet prussien, pour que je croie convenable de tenter 2 ) une telle démarche, sans avoir d’avance consulté V. M. sur son opportunité. 3 ) Dès que Vous daignerez me rassurer, Sire, sur l’accueil que ma lettre trouvera auprès du Roi Guillaume, et si je peux espérer que Vous voulez bien me prêter Votre appui dans cette occasion, 4 ) je n’hésiterai plus de m’adresser avec franchise à S. M. prussienne et je serais heureux de devoir à Votre amitié, Sire, et à l’équité de ce Souverain un résultat que j’ai vainement demandé aux négociations diplomatiques pendantes.

Au château d’Amal., [17] mai 1868.

(signé) Christian.

Brevet, der ikke findes indført i Geh. Reg., er trykt efter en Koncept med P. Vedels Haand. Iblandt den Samling Afskrifter, der ledsagede U denrigsministerens Beretning til Rigsdagen Marts 1879, findes en i en Del Enkeltheder afvigende Afskrift af Brevet. Alle de Afvigelser, der kan have mindste reelle Betydning, er her angivet under Teksten.