Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs FRA: Carl Rudolph Emil Vind (1868-10-16)

Kammerherre Vind, Gesandt i St. Petersborg, til Udenrigsminister Grev Frijs.
St. Pétersbourg, 16/4 octobre 1868.

Monsieur le Comte,

Arrivé mercredi le 14/2 à Pétersbourg, j’ai eu le lendemain un entretien avec le chancelier de l’Empire, dont j’ai eu l’honneur de communiquer télégraphiquement un résumé à Votre Excellence.

Le prince Gortchacow a commencé par exprimer ses regrets que notre négociation avec le gouvernement prussien ne marchait pas. — Sa Majesté l’Empereur, me dit le prince, avait »fortement« appuyé notre cause auprés du Roi de Prusse pendant son séjour à Potsdam, et lui-même, à Bade, avait vivement insisté auprés du Roi, pour que Sa Majesté fasse des concessions qui purent mener à une entente. Le chancelier, à cette occasion, avait communiqué au Roi de Prusse la lettre de Sa Majesté le Roi à l’Empereur et la réponse de l’Empereur que monsieur d’Oubril, jusqu’à présent, n’avait pu communiquer au comte Bismark, et dont la teneur sinon l’existence était inconnue à Sa Majesté. Prince Gortchacow avait proposé au Roi de Prusse de céder quant aux garanties demandées, dont quelques unes, comme celle exigeant le droit pour les habitants du Nord-Slesvig de pouvoir porter plainte au Roi de Prusse, étaient, selon lui, inadmissibles. Ensuite le prince avait également engagé le Roi s. 183 à faire des concessions relativement au territoire à céder, en reculant la frontiére plus vers le midi que celle déjà admise. Quant à une cession de l’île d’Als et du Sundevit, le prince m’a dit qu’il n’y en avait pas même été question dans son entretien avec le Roi, mais qu’il regardait la cession de ces territoires comme impossible à obtenir. La Prusse, par des raisons stratégiques, ne céderait jamais ces terrains.

Le prince Gortchacow m’a dit qu’il avait trouvé Sa Majesté prussienne »modérée« et désireuse d’arriver à une entente. Le prince attribuait cela à la maniere dont l’Empereur avait parlé notre cause auprés du Roi. Trouvant le Roi dans ces dispositions de conciliation le chancelier avait demandé à Sa Majesté la permission d’en parier au comte Bismark que le prince comptait voir en passant par la Prusse, ce que le Roi avait accordé. Le prince n’avait cependant pas vu le comte Bismark qui se trouvait malade dans ses terres, lorsque le prince passait la station de chemin de fer, où il comptait le voir; ce que le prince regrettait, ayant pu entrer plus en détails avec lui.

Le chancelier est d’avis que c’est à nous maintenant de pousser la négociation à Berlin et d’établir la base d’un arrangement possible qui, selon lui, ne se trouvait ni dans la lettre de Sa Majesté le Roi, ni dans le discours du trone — deux documents dont le prince reconnut la franchise et la clarté. Ces deux documents, disait le prince, n’avaient pu étre agréables au Roi.

Ici je fis remarquer au prince que, le gouvernement du Roi avait la ferme conviction que la seule base solide d’un arrangement durable qui exclurait des conflits futurs, se trouvait indiquée dans la lettre du Roi; que le prince savait bien d’ailleurs que les meilleurs Danois du Slesvig habitaient précisément les territoires d’Als et Sundevit. Le prince était d’avis que sur ce point il n’y avait rien à obtenir.

Quant à la négociation à Berlin, si l’on pouvait appeler négociation un échange d’écritures deux fois par an, dis-je s. 184 au chancelier, ce n’était certes pas nous qui la traînions —, n’ayant pas reҫu, depuis environ 8 mois, de réponse à notre dernier office.

Le prince Gortchacow est d’avis que nous pouvons assurer à la Prusse quelques garanties pour les habitants allemands des territoires à céder, autres que celles contenues dans les lois du pays; qu’en outre nous pourrions rassurer le gouvernement prussien sur notre attitude politique future. A cela j’ai répliqué au prince que le gouvernement du Roi ne désirait certes rien de mieux que de rester en les meilleurs termes avec le gouvernement prussien, et que c’était pour cette raison qu’Il tenait tant à une solution équitable et définitive.

A la fin j’ai demandé au prince Gortchacow, s’il croyait le Roi de Prusse disposé à reculer la frontiére du territoire à céder et à se désister, en partie au moins, de la demande de garanties. Le prince me répondit que le Roi de Prusse ne lui avait pas dit cela, mais qu’il L’avait trouvé modéré, et que c’était en poussant la négociation de notre côté qu’un résultat plus favorable devait être obtenu. Le prince Gortchacow, du reste, fut d’accord avec moi qu’avant le retour du comte Bismark å Berlin, il n’y avait rien à faire, mais il espérait qu’alors nous ne tarderions pas à faire un effort pour recommencer la négociation.

J’ai exprimé au chancelier l’espoir que dans ce cas il continuerait à nous appuyer par monsieur d’Oubril à Berlin. Le prince m’a répondu, que le cabinet russe ferait volontiers quelque chose pour nous; qu’il fallait avoir »confiance« 1 ) en lui et lui[!] tenir au courant de ce que nous voulons et pouvons faire.

Votre Excellence verra par ce qui précéde, jusqu’à quel point le cabinet russe croit pouvoir nous appuyer.

Evidemment le chancelier aime à ne pas considérer la s. 185 lettre de Sa Majesté le Roi comme le dernier mot du gouvernement du Roi.

Désireux de voir arriver une solution de la question, le cabinet russe semble bien disposé à soutenir notre cause à Berlin, quoiqu’à une mesure moins large que celle des aspirations du gouvernement du roi. Il est d’avis qu’il faut, pour arriver à une entente, des concessions de part et d’autre et que, particulièrement de notre côté, il faut abandonner l’espoir d’obtenir les territoires d’Als et de Sundevit.

E. Vind.

Depeche Nr. 26, modtaget 21. Oktober 1868.