Danmarks Breve

BREV TIL: George Joachim Quaade FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1869-12-03)

Bogens indhold
Afsender:
Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs
Modtager:
George Joachim Quaade, Carl Rudolph Emil Vind, Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt, Christian Frederik Falbe, Carl Ernst Johan Bülow og Wulff Heinrich Bernhard Scheel-Plessen
Afsendelsessted:
København
Dato:
1869-12-03

Udenrigsminister Grev Frijs til Gesandterne i
Berlin, Wien, Paris, St. Petersborg, London, Stockholm og Firenze
.
Copenhague, 3 décembre 1869.

La presse allemande exploite de son mieux les dernières élections municipales dans les villes septentrionales du Slesvig et tâche de faire accroire au monde que dans ces localités l’élément allemand gagne du terrain. Je pourrais peutêtre me reposer de la réfutation de ces assertions sur la notoriété du fait contraire mais je conçois que le fait allégué par les journaux allemands a dû paraître étrange à ceux qui naturellement ne peuvent pas connaître les détails et je ne regarde donc pas comme superflu de vous mettre à même /de mettre V. E. à même/ de combattre toute erreur qui pourrait subsister au sujet de ces élections. —

Je ne ferai que rappeler en passant ce que tout le monde sait, que ces votations du nord du Slesvig se font dans les conditions les plus défavorables pour les danois, attendu que toutes les autorités publiques leur sont contraires et usent de leur pouvoir et de leur ascendant pour exercer une pression sur elles et naturellement l’effet de cette pression se fait le plus sentir dans les villes où les fonctionnaires, les troupes et autres agens de la force publique se trouvent réunis. Mais je passerai immédiatement au point essentiel, savoir d’après quelles règles ces élections se sont faites car c’est là où est toute la question, lorsque de ce fait on veut tirer des conétaient s. 296 clusions quant aux sentimens politiques de ces populations et au résultat probable de leur consultation en conformité de l’art. V du traité de Prague.

Or les élections municipales se sont faites cette fois suivant des règles récemment établis dans le but notoire d’assurer la prépondérance au parti allemand. Tandis qu’autrefois c’était la classe des bourgeois qui faisait l’élection, ce droit a été conféré aujourd’hui à ceux qui paient un certain impôt (Classen-Steuer) et pour chaque ville un cens à été fixé différemment par les administrations actuelles composées en 1864 avec des élémens purement ou plutôt fanatiquement allemands. De cette sorte on a réussi, en tenant compte des conditions de fortune de chaque localité, à opprimer la majorité danoise, attendu que d’un côté tous les fonctionnaires et agens prussiens sont admis à voter et que de l’autre un grand nombre de bourgeois se trouvent exclus.

Ainsi à Haderslev grâce à ces nouvelles dispositions, le droit d’élection pour le conseil municipal est entre les mains de 393 électeurs, dont 64 fonctionnaires et ces élections de conseillers à sympathies allemandes dont on se prévaut aujourd’hui contre nous, ont été obtenues rien qu’avec 199 voix, les partisans de la cause danoise s’étant entièrement abstenus de voter. Si l’on mettait les fonctionnaires prussiens à part, on trouverait que, même avec les règles récemment introduites, les danois auraient eu la majorité, savoir 194 voix contre 135. A plus forte raison l’auraient-ils obtenue, si le système des élections était moins partial en faveur des Allemands. — A Sønderborg le nombre des électeurs a été réduit à 306 dont 76 se sont abstenus de voter; 102 ont voté pour des candidats danois et 92 bourgeois plus 36 fonctionnaires, soit en tout 128, pour des candidats allemands, ce qui montre que dans cette ville aussi c’est une petite majorité obtenue par des artifices et notamment par l’adjonction des fonctionnaires qui a obtenu le résultat en question. — Il en est de même pour Aabenraa où 202 voix ont été données à s. 297 des candidats allemands et 162 aux candidats danois. — Le véritable rapport des nationalités s’est manifesté immédiatement après dans l’élection des préposés des paroisses qui est organisée d’une façon plus équitable. Là 13 danois ont été élus contre 5 allemands, mais je n’ai pas besoin d’ajouter que la presse allemande n’a eu garde d’appeler l’attention sur un pareil fait. — A Flensborg, malgré tous les efforts du camp allemand le résultat des élections municipales a été plus favorable que dans les villes plus septentrionales . —

Ainsi je constate que même avec une loi électorale aussi inique l’élément danois l’aurait emporté, si l’admission des fonctionnaires prussiens n’était pas venue fausser le résultat des élections. Mais heureusement on n’a pas besoin d’avoir recours à des hypothèses pour se former une juste idée du résultat qu’on obtiendrait si l’on consultait la population de ces villes conformément à l’art. V de la paix de Prague et d’après le principe du suffrage universel. L’adresse présentée au roi de Prusse en novembre dernier réunissait

à Haderslev sur c. 1560 électeurs qui avaient voté dans les élections de 1867 pour le parlement de la Confédération du Nord — 871 signataires

à Aabenraa sur c. 980 électeurs - 560 -

à Sønderborg sur c. 770 électeurs - 490 —

à Flensborg sur c. 3480 électeurs - 1941 -

ce qui représente plus de la moitié des voix, et je ne pense pas que la presse allemande veuille prétendre, que les sentimens politiques de la population aient changé dans le courant des quelques semaines qui se sont écoulées entre la signature de cette adresse et les élections municipales. Au reste vous ferez sans nul doute vous-même l’observation que l’expérience de cette adresse n’est pas le point de comparaison le plus favorable que j’aurais pu choisir, car évidemment beaucoup de personnes qui ne manqueraient pas de voter favorablement à la réunion avec le Danemark s’ils s. 298 consultées régulièrement d’après l’art. V, ont pu vouloir s’abstenir d’une démonstration spontanée, qui eût pu leur attirer des désagrémens.

En dernier lieu je dois encore remarquer qu’il ne s’agit pas de savoir quel serait le résultat que les autorités allemandes pourraient, à force d’artifices et d’intrigues, obtenir dans telle ou telle localité, mais il s’agit de constater, quels seront les résultats d’une votation générale, ayant lieu dans l’ensemble du Slesvig du Nord, dans les villes conjointement avec les campagnes. Or, après les élections de 1867 et la signature de l’adresse de cette année ces résultats ne sauraient nullement être envisagés comme douteux. —

Vous êtes autorisé, M. /Tit./, à faire de cette dépêche l’usage que vous trouverez convenable.

Koncept med P. Vedels Haand til Cirkulære Nr. 14 (Berlin), 3 (Wien), 7 (Paris), 3 (St. Petersborg), 3 (London), 4 (Stockholm), 3 (Firenze).