Danmarks Breve

BREV TIL: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1869-12-14)

Udenrigsminister Grev Frijs til Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i
Paris
.
Copenhague, 14 décembre 1869.

M. le Comte.

Dans sa dernière conversation avec M. de Vind le prince Gortchacow s’est appliqué à nous prémunir contre cette illusion que la récente lettre de l’Emp. Alexandre aurait plus d’effet que les autres tentatives qui ont été faites antérieurement à Berlin et, à en juger d’après l’entretien dont vous me rendez compte dans votre rapport Nr. 68, 1 ) le prince s. 333 de la Tour d’Auvergne me paraît de son côté n’être pas bien loin de craindre que cette démarche ne nous fasse du mal même. — Il faut convenir que les prévisions de ces deux ministres ne sont guère rassurantes pour nous.

Je ne connais pas encore la réponse que l’Emp. Alexandre doit probablement avoir reçue déjà de Berlin, mais tout me porte à croire que le roi Guillaume a opposé une fin de non-recevoir aux conseils que lui donne son neveu, en faisant valoir surtout l’impopularité que l’exécution de l’art. V du traité de Prague ne manquerait pas de lui attirer en Allemagne.

En vérité je ne me suis jamais flatté de l’espoir que M. de Bismarck céderait facilement à des conseils qui tiendraient tant soit peu compte de notre droit et de celui des Slesvigois. Vous savez, M. le Comte, que tout au contraire j’étais plutôt disposé à redouter que dans l’état actuel des choses en Europe les autres puissances, en vue d’obtenir un accord dans cette question, ne s’approchassent trop de l’interprétation que la Prusse tâche de donner à l’engagement, qu’elle a pris dans le traité de paix. Un nouveau refus de la part du roi Guillaume ne me découragera donc pas, et je n’en regarderai pas moins comme un grand avantage, qu’à un moment où les Slesvigois viennent de donner une preuve éclatante de leurs aspirations, la Russie ait saisi l’occasion pour rappeler à la Prusse que cette question ne se laisse pas écarter bienque le gouvt. prussien affecte de l’ignorer. Je vous avoue que je ne comprends pas trop, quelles sont les susceptibilités, qui, à en croire le prince de la Tour auraient été éveillées par la démarche en question. Certes ces susceptibilités ne sauraient s’adresser à nous, qui au su de tout le monde n’avons appris ce fait qu’après qu’il avait eu lieu, et si la lettre de l’Emp. russe a donné à réfléchir à la Prusse, si elle est venue à l’appui du bruit qu’un rapprochement serait sur le point de s’opérer entre la France et la Russie, je ne vois pas, comment il pourrait nous être nuisible que la Prusse s. 334 s’aperçoive qu’il y a un point noir à son horizon qu’il serait prudent de faire disparaître à temps.

Je suis bien aise que cet incident nous ait donné l’occasion de constater encore une fois aux yeux du gouvt. français notre position dans cette question. J’aurais désiré que dans vos explications avec le prince, au lieu de mentionner aussi clairement l’alternative que j’avais formulée dans ma dépêche plutôt pour votre propre information et pour vous initier complètement dans ma pensée, vous vous fussiez borné à vous assurer en général que le prince apprécie toute l’importance que la question slesvigoise a pour notre avenir, et notamment je crois qu’il aurait été plus prudent de ne pas admettre que notre refus d’accepter une solution insuffisante pourrait avoir pour conséquence que l’art. V fût annulé. Mais j’espère que le prince n’aura pas compris vos paroles comme un aveu de notre part qu’un tel procédé des puissances serait juste et loyal vis-à-vis de nous, et probablement cet incident sera déjà entièrement clos au moment où je vous écris cette dépêche. Je ne désire donc pas, que vous provoquiez vous-même de nouvelles conversations avec le prince sur la démarche de l’Emp. Alexandre, mais je vous prie de suivre avec la plus grande sollicitude tout ce qui pourra nous éclairer sur les détails de ce fait, et en général tout ce qui pourrait se préparer dans un avenir prochain relativement à la question slesvigoise; car, si je ne me trompe, elle entre pour une assez grande part dans les préoccupations qui se partagent pour le moment l’attention des gouvernements et surtout de celui de l’Empereur Napoléon.

Koncept med P. Vedels Haand til Depeche Nr. 8.