Danmarks Breve

BREV TIL: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt FRA: Christian Emil Krag-Juel-Vind Frijs (1870-02-12)

Udenrigsminister Grev Frijs til Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i
Paris
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Copenhague, 12 février 1870.

Monsieur le Comte.

Vous aurez déjà appris par mes lettres particulières que le général Fleury s’était probablement mépris sur le sens de la seconde lettre du roi Guillaume lorsqu’il attribuait à S. M. prussienne l’intention de recommencer dès à présent les négociations avec nous. Aujourd’hui je peux me servir d’une occasion sûre pour vous envoyer copie de la dépêche par laquelle M. de Vind 1 ) me rend compte de sa conversation s. 360 avec M. l’Ambassadeur de France et pour vous entretenir plus amplement des réflexions auxquelles cette nouvelle me donne lieu.

Dans sa première réponse à la lettre de l’Empereur Alexandre, le roi de Prusse repoussait tout court la proposition de reprendre les négociations avec nous, en prétextant l’impopularité que l’idée de la rétrocession du Nord-Slesvig rencontrerait en Allemagne. Dans sa seconde lettre il modifie ce refus en se déclarant prêt à recommencer les négociations, dès qu’un moment opportun se présentera.

De deux choses l’une, ou cette différence entre les deux déclarations est plutôt dans les termes que dans le fond, le sens restant toujours le même, et dans ce cas je ne m’explique pas, pourquoi le roi de Prusse a cru nécessaire d’adoucir la forme qu’il avait déjà donnée à son refus — ou cette différence indique une véritable modification dans les intentions du gouvt. prussien et alors je me demande quel peut être le motif politique qui a porté S. M. prussienne à changer d’avis relativement à cette question.

Vous savez que j’ai toujours eu l’idée que le gouvt. prussien ne faisait qu’attendre un moment opportun pour nous adresser une proposition définitive, dans laquelle la demande de garanties en faveur des Allemands se trouverait supprimée ou au moins considérablement diminuée mais qui n’embrasserait que le bailliage de Haderslev ou peut-être celui-ci conjointement avec le bailliage d’Aabenraa. Dans un moment, où les autres puissances seraient préoccupées de leurs affaires intérieures, M. de Bismarck pourrait réussir à leur représenter une telle proposition sous un jour assez favorable, pour qu’elles l’approuvassent, et dans ce cas, sans nous en douter, il pourrait arriver que nous fussions placés soudainement sous le coup presque irrésistible d’une démarche collective de toutes les grandes puissances. J’avoue que je ne regarde pas le moment actuel comme aussi bien choisi pour une telle manoeuvre qu’il l’aurait été avant s. 361 l’entrée du comte Daru au ministère, mais les circonstances changeront peut-être et les complications intérieures en France pourraient bien un jour devenir si graves, que la prudence du comte Daru lui-même serait exposée à être surprise à un moment donné par l’astuce de M. de Bismarck. C’est contre ce danger qu’il s’agit de se prémunir dans les limites du possible et il ne faut pas différer de faire les démarches nécessaires à ce sujet, quand même le gouvt. prussien n’aurait pas l’intention d’agir dès-à-présent ou dans un avenir très prochain.

J’ai appris avec beaucoup de satisfaction par vos rapports précédens, que le comte Daru est bien mieux instruit de l’affaire slesvigoise que je n’avais pu l’espérer, et les conversations que vous avez eues avec le ministre ont dû lui faire comprendre que notre demande de voir l’article V exécuté dans son véritable sens n’est point de celles sur lesquelles il soit permis de rabattre ou de renchérir selon les circonstances. Vous tâcherez, j’en suis sûr, de convaincre le ministre de plus en plus de cette vérité. Mais outre cette instruction générale, je dois encore vous prier de chercher une occasion prochaine pour entretenir le comte Daru de la crainte qui me préoccupe plus particulièrement. Vous lui direz, que votre gouvt. a appris par M. de Vind que, d’après les appréciations du général Fleury, les négociations pourraient bien être reprises bientôt par le gouvt. prussien. Peutêtre cette prévision ne se réalise pas, mais si elle se réalisait, il serait probable, que la Prusse tâchât de se concerter d’avance avec les autres grandes puissances sur la proposition qu’elle nous ferait. Nous ne doutons pas que dans ce cas elle ne s’adresse par préférence à la France et à l’Autriche comme les deux puissances auxquelles la promesse contenue dans l’article V a été donnée. Dans cette éventualité nous espérons des sentimens d’amitié et d’intérêt que le cabinet français n’a cessé de nous montrer dans cette question que le gouvt. de l’Empereur ne s’engagera pas visà-vis s. 362 de la Prusse par une approbation préalable, sans nous avoir donné lieu de lui faire connaître notre manière de voir au sujet des propositions prussiennes. Ce même service nous l’attendons de la part de l’Autriche et nous ne doutons pas que, le cas échéant, cette puissance ne veuille pas non plus se lier par un consentement donné à la Prusse, sans s’être abouchée d’abord avec le gouvernement français sur son intention. Mais il serait peut-être bon de s’en assurer d’avance et puisque nous ne pouvons pas nous flatter de l’espoir qu’une telle suggestion, venant de nous, aurait le même effet que si elle parvenait à M. de Beust de la part du gouvt. français, nous serions très reconnaissants au comte Daru de vouloir donner à M. le duc de Grammont des instructions dans le sens susindiqué.

Koncept med. P. Vedels Haand til Depeche Nr. 4.