Danmarks Breve

BREV TIL: Otto Ditlev Rosenørn-Lehn FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1870-06-10)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Baron Rosenørn-Lehn.
Confidentielle.
Paris, 10 juin 1870.

Monsieur le Baron,

Le départ pour Ems du Roi Guillaume et de M. de Bismarck et leur entrevue avec l’Empereur Alexandre ont naturellement, dès le premier moment éveillé l’attention à Paris. On n’a cependant pas attribué à ce fait une importance majeure et l’impression générale a été jusqu’ici que tout en admettant que les questions politiques pendantes y ont été l’objet de conversations, aucune d’elles n’a été catégoriquement posée.

Parmi les questions qui ont pu être abordées à Ems se trouve naturellement celle du Slesvic. Une dépêche télégraphique s. 451 publiée, il y a une quinzaine de jours, par les journaux, annonçait même que l’Empereur Alexandre avait l’intention d’exercer son influence à Berlin en faveur d’une solution de cette question. Cette communication télégraphique passa toutefois presqu’inaperçue et dans la conversation que j’ai eue dernièrement avec M. le duc de Gramont et que j’ai rapportée à Votre Excellence dans mon très humble rapport du 4 courant, aucune parole de ce ministre n’a pu me faire supposer qu’il crut que le Nord-Slesvic fût l’objet de délibération entre les souverains réunis à Ems.

En raison de ces faits, ce n’est pas sans un certain étonnement que j’ai entendu dire tout dernièrement, par une personne des mieux renseignées que l’on s’occupe ici au contraire de la question qui nous intéresse directement. D’autre part le »Constitutionnel« publie aujourd’hui l’entre-filet ci-joint, mentionnant une dépêche télégraphique de Flensbourg d’après laquelle l’Empereur Alexandre et le Roi de Prusse se seraient occupés à Ems de la question du Slesvic septentrional.

J’ignore quelle importance il faut attacher à la nouvelle donnée par le Constitutionnel et je ne suis pas à même d’affirmer ou de contester que le gouvernement impérial s’occupe réellement en ce moment de nous. Il est d’ailleurs évident que si tel est le cas, on cherchera ici à envelopper les pourparlers de mystère aussi longtemps qu’ils n’auront pas pris un caractère accentué, de crainte qu’en cas qu’ils n’amèneraient pas de résultat, ils ne soient considérés comme un nouvel échec pour la politique Impériale.

En me réservant de faire parvenir à Votre Excellence les éclaircissements que je tâcherai de recueillir pour ce qui regarde l’affaire du Nord-Slesvic, je crois dès-à-présent devoir mentionner une rumeur qui, sans être d’une extrême importance est toutefois digne de remarque. Suivant des informations de l’authenticité desquelles il m’est difficile de douter, il se manifesterait depuis quelque temps chez l’Empereur s. 452 une tendance de sortir de la réserve qu’il s’est imposée jusqu’à ce jour. Il est possible — et pour ma part je le crois même probable — que l’Empereur ne se laissera pas pousser, par ses tendances dans une voie définitive d’action; néanmoins cette situation mérite d’être mentionnée surtout s’il est vrai, ainsi qu’on me l’assure, qu’un fait vient à l’appui des projets attribués à Sa Majesté. Postérieurement à l’entrée aux affaires de monsieur de Gramont l’on aurait sondé d’ici le cabinet de Stockholm afin de savoir si l’on pourrait éventuellement en cas de conflit, compter sur la coopération de la Suède et de la Norvège. Il aurait été répondu que le manque de soldats et d’argent imposait au gouvernement suédo-norvégien une politique d’abstention dont il ne pourrait se départir.

29*

L’on parle depuis fort longtemps d’un mouvement qui aurait lieu dans le personnel de la diplomatie française. Il paraît qu’il se bornera pour le moment à la nomination de M. de la Gueronnière à Madrid, de M. Prevost-Paradol à Washington et de M. Berthénez à Bruxelles. M. Mercier, actuellement ambassadeur à Madrid, serait nommé sénateur. Un second mouvement ne tardera toutefois pas à se produire par suite de la retraite présumée du général Fleury. On ne croit pas en effet que le général, malgré l’excellente position dans la société qu’il a su s’y faire, puisse rester à Pétersbourg. Sans avoir reçu d’instructions formelles mais probablement à la suite de conversations qu’il aura eues avec l’Empereur avant de quitter Paris et dans lesquelles Sa Majesté l’aura autorisé, toutefois sous sa responsabilité personnelle, à aborder certaines questions politiques, le général Fleury a fait, à Pétersbourg, des ouvertures dont aucune n’a réussi. Votre Excellence n’ignore pas que le général, peu de temps après être arrivé à son poste, fit au sujet de la question du Slesvic des démarches qui furent jugées ici fort inopportunes; il paraît que dans le courant de l’hiver, cet ambassadeur a voulu aborder la question d’Orient et a s. 453 cherché à obtenir des assurances concernant l’attitude que prendrait la Russie au cas d’un conflit entre la France et la Prusse. Ces diverses démarches n’ont amené aucun résultat et il est naturel que cette circonstance rende la position du général Fleury à Pétersbourg fort difficile.

L. Moltke-Hvitfeldt.

Depeche Nr. 45.

Følgende Udklip af »Le Constitutionnel« er vedlagt:

D’après un télégramme que nous recevons de Flensbourg, l'entrevue d’Ems, entre le roi de Prusse et l’empereur de Russie, n’aurait aucune relation avec les affaires de la Galicie, et l’on s'y serait plutôt occupé de la question du Schleswig septentrional.

C. Piel