Danmarks Breve

BREV TIL: Otto Ditlev Rosenørn-Lehn FRA: Gebhard Léon Moltke-Hvitfeldt (1870-07-24)

Grev Moltke-Hvitfeldt, Gesandt i Paris, til Udenrigsminister Baron Rosenørn-Lehn.
Paris, 24 juillet 1870.
(soir.)

Monsieur le Baron,

Dans mon très humble rapport Nr. 64 en date d’hier qui doit parvenir à Votre Excellence par l’entremise de M. le duc de Cadore, je Lui ai rendu compte de l’entretien que j’ai eu le même jour avec M. le duc de Gramont. Le Ministre m’avait dit entr’autres que si le gouvernement du Roi acceptait la proposition d’une alliance offensive et défensive avec la France, un corps de débarquement de 28,000 hommes serait immédiatement envoyé dans la Baltique.

D’après des renseignements que j’ai pu me procurer aujourd’hui avec grande difficulté, attendu que le plus grand mystère est gardé sur tout ce qui concerne l’expédition projetée dans le Nord, l’intention du gouvernement impérial est d’expédier la flotte de débarquement ayant des troupes à bord en même temps que l’Envoyer chargé de la négociation avec le Danemark. Le chiffre des troupes de débarquement est, ainsi que je l’ai déjà dit, de 28,000 hommes, dont 10,000 d’infanterie de marine et 18,000 embarqués secrètement en Afrique sur une escadre commandée par l’amiral Fourichon et qui se trouve s. 544 à l’heure qu’il est entre Brest et Cherbourg. Dans la journée d’hier il était décidé que toute la flotte quitterait aujourd’hui ou demain Cherbourg ayant à bord les 28,000 hommes et 50,000 fusils Chassepots destinés à être distribués en Hannovre où l’on compte avec certitude sur un soulèvement de la population aussitôt qu’une armée française y fera acte de présence. Une circonstance imprévue a motivé un ajournement du départ de la flotte de transport. Le prince Napoléon, de retour à Paris depuis deux jours, a demandé avec les plus vives instances à l’Empereur d’être mis à la tête de l’expédition. Cette demande a provoqué des difficultés graves; l’amiral Rigault de Genouilly a déclaré positivement à l’Empereur que s’Il acquiesçait à la demande de Son cousin, il était résolu à ne pas prendre, ainsiqu’il en avait l’intention, le commandement en chef de toute la flotte envoyée dans la Baltique; des objections dans le même sens ont été formulées par le général Montauban, comte de Palikao qui, à ce qu’on m’assure, se trouve soit à Cherbourg soit déjà à bord de la flotte de transport. Cette question a été débattue dans le conseil des ministres qui a eu lieu cet après midi et qui s’est terminé entre six et sept heures; la demande du prince Napoléon y a été appuyée par monsieur Emile Ollivier 1 ). Aucune décision définitive n’y a été prise et ce soir on ne sait si le projet d’une expédition est ajourné; la personne dont je tiens ces détails ne le pense toutefois pas; elle est plutôt disposée à croire que l’Empereur finira par prendre le prince Napoléon avec Lui à son quartier général et se décidera à l’exécution du projet d’expédition. Le corps de débarquement serait, en tel cas, placé sous les ordres du comte de Palikao, considéré comme un des meilleurs généraux français, avec le général Trochu pour chef d’état major.

L’Impératrice s’est rendu hier soir à Cherbourg pour assister s. 545 à quelques mouvemens de l’escadre cuirassée avant son départ. Cette escadre est placée sous les ordres de l’amiral Bouët-Willaumez. Je ne sais encore en ce moment si elle a réellement quitté Cherbourg à l’heure qu’il est. Quant à la flotte de transport venant d’Afrique, elle a passé hier en vue de Brest, mais n’était pas aujourd’hui à Cherbourg. On pense qu’elle aura reçu l’ordre de prendre le large afin d’empêcher que l’on apprenne dans cette dernière ville qu’elle a encore de troupes aussi considérables à bord.

Si je parviens à obtenir d’autres renseignements demain, j’en ferai l’objet d’un second rapport que je remettrai ainsi que celui-ci à M. le capitaine Olrik, qui quitte Paris demain à cinq heures et se rend directement à Copenhague par la voie de terre.

L. Moltke-Hvitfeldt.

Depeche Nr. 67.