Danmarks Breve

TIL: ukendt FRA: Artur Pavlovitj Morengejm (1870-08-18)

Baron Mohrenheim, russisk Gesandt i København, til Gehejmeraad Westmann,
St. Petersborg
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Copenhague, 6/18 août 1870.

Je n’ai pas manqué de me conformer aux instructions contenues dans l’office parvenu en date du 30 juillet /11 août de l’année courante Nr. 5078, relativement à la concession de la ligne télégraphique sous-marine, destinée à relier directement la côte danoise à celle de la France.

Les dispositions du gouvernement danoise ne sauraient être douteuses à l’égard d’une entreprise d’un intérêt commun aux deux pays, et il s’estimerait heureux de n’avoir à consulter en cette occasion que nos convenances mutuelles. Mais il ne se dissimule pas que le degré, très différent d’utilité que seraient appelées à en retirer les deux puissances auxquelles sa neutralité lui fait un devoir d’appliquer une égale mesure, exposerait son consentement au reproche de constituer une dérogation à cette règle de conduite. Tel a été, du moins, l’avis du gouvernement anglais qui ne s’est pas cru en droit de concessionner une ligne jugée incompatible avec le maintien de la neutralité.

J’ai fait observer que, par une inconséquence qui ne laissait pas que d’être bizarre, le gouvernement britannique n’étendait pas cette appréciation rigide à la ligne sousmarine qui mettait la France en communication avec ces mêmes parages du territoire anglais, et que le mince avantage que présentait dès-lors à la France une ligne nouvelle, s. 677 faisant concurrence à celle dont elle dispose déjà, ne semblait guère de nature à pouvoir entrer en balance avec la masse considérable d’intérêts industriels, commerciaux, voir même politiques, qui se trouveraient sacrifiés à un scrupule imaginaire.

Le terrain sur lequel la question se trouve engagée par suite de la portée principielle qui lui a été donnée par l’Angleterre, ne m’a point permis d’insister pour le moment d’avantage; mais en vue du danger qu’il pourrait y avoir à laisser implanter un principe nouveau, fécond en conséquences nuisibles à nos intérêts éventuels, j’ai cru ne devoir pas tarder à faire de cet incident l’objet d’un rapport politique, que j’ai l’honneur d’adresser aujourd’hui même au Chancelier de l’Empire.

Kopi. Kriegers Papirer XI. Samling af Aktstykker vedr. Tidshistorien 1848-70. VI. 1861-70. - R. A.