Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Frederik Falbe FRA: Otto Ditlev Rosenørn-Lehn (1870-11-23)

Udenrigsminister Baron Rosenørn-Lehn til Gesandterne i
Paris, London, Stockholm, Wien og St. Petersborg
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Copenhague, 23 novembre 1870.

Le résultat des dernières élections générales dans le Slesvig a encore une fois confirmé l’expérience déjà si souvent faite par le Gouvernement prussien. 1 ) Le Nordslesvig vient d’élire de nouveau MM. Krüger et Ahlman, et ces champions infatigables de la cause de la nationalité danoise dans le Slesvig ont réuni dans cette occasion un nombre de votes qui dépasse même celui qu’ils avaient obtenu dans les élections précédentes.

Ce fait mérite à mon avis une attention toute particulière à cause des circonstances politiques générales, au milieu desquelles il se produit. Jamais en effet le prestige de l’Allemagne n’avait été aussi grand qu’aujourd’hui, quand des victoires éclatantes paraissent assurer à ses peuples la suprématie politique en Europe et quand tout semble leur promettre un développement et une prospérité auxquels ils n’avaient jusqu’ici pas même osé aspirer. Dans de pareilles circonstances n’eût on pas été autorisé à croire que les Allemands éparpillés dans le Nordslesvig auraient relevé la tête, que les esprits incertains se seraient rangé du côté pour lequel la victoire s’était déclarée, et que les Danois auraient courbé la tête et renoncé à une lutte qui pouvait paraître désormais sans espoir? Or, c’est le contraire précisément qui est arrivé.

L’explication de ce phénomène n’est pourtant pas difficile, et au fond rien n’est plus naturel. Plus les véritables Allemands sont et doivent être fiers et contens de la haute position que leur nation paraît appelée à occuper dans le monde, plus les habitans du Nordslesvig sentent clairement et comme par instinct qu’ils ne participent pas aux s. 786 mêmes aspirations et aux mêmes destinées que leurs voisins. Jamais ils n’ont compris avec plus d’évidence qu’après les étonnans événemens de cette année, combien les conditions légitimes de leur développement naturel et de leur bonheur social et politique diffèrent de celles nécessaires à la grande nation à laquelle ils se trouvent momentanément annexés.

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Ainsi il me semble que l’expérience de ces dernières élections sert singulièrement à mettre en tout son jour l’argument en faveur de la rétrocession du Nordslesvig. Les malheurs dont le Danemark se trouvait accablé par suite de la guerre, n’avaient rien pu pour aliéner les coeurs des Nordslesvigois de leur patrie, et voici que les nouvelles perspectives d’un avenir brillant qui s’ouvrent devant Allemagne, se sont montrées aussi impuissantes pour les éblouir et les attirer. N’est ce pas là la meilleure preuve, qu’ils appartiennent virtuellement, et malgré toutes les vicissitudes du sort, au Danemark, leur seule et véritable patrie, et la Prusse peut-elle sérieusement espérer de les voir s’assimiler à elle, lorsque ni les malheurs ni les tentations n’ont pu ébranler leur ferme désir d’être réunis à leurs compatriotes.

Je vous prie de signaliser au Ministre des affaires étrangères le fait que je viens de mentionner et la portée que je crois pouvoir lui attribuer. Le moment actuel serait mal choisi sans doute pour demander aux puissances de vouer à présent une attention suivie à la question slesvigoise, mais on ne nous refusera pas d’enrégistrer un fait et d’ajouter au dossier déjà volumineux de cette affaire une pièce importante, afin qu’elle soit acquise à l’instruction, lorsque peut-être bientôt le moment de la décision arrivera.

Trykt efter Udfærdigelsen til Stockholm. R. A. U. A. Sverige X, Polit. Korr. 1870—78.