Danmarks Breve

TIL: ukendt FRA: ukendt (1873-09-08)

Optegnelse om Kong Oscar II’s Politik.
Berlin, 8 septembre 1873.

Le roi Oscar II, de Suède, à l’encontre de feu son frère, n’est pas un partisan du scandinavisme, et croit qu’une alliance avec l’Allemagne pourra seule garantir l’avenir de son pays. C’est pour influencer l’opinion publique en Suède et en Norvége qu’il a invité le prince royal de Prusse. Et en effet, son calcul ne l’a pas trompé. La personnalité du prince a fait la meilleure impression dans les deux royaumes, et le parti scandinave a été relégué au second plan. Son organe, l Aftonbladet, lui-même, a été forcé, par le courant général, à adopter une attitude amicale envers l’empire allemand.

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s. 196 Quand on a vu, å Copenhague, que les alliés suédois et norvégiens sur lesquels on comptait, désertaient le drapeau du scandinavisme, on a été pris subitement de la peur de lʼisolement, et des hommes politiques assez haut placés en Danemark ont soupçonné le projet d’une alliance suédogermanique, dont, à un moment donné, le Danemark devrait faire les frais. Et en effet, il y a, à Stockholm, des hommes politiques qui commencent à caresser le projet d’une alliance de cette nature, qui donnerait à l’Allemagne la province de Jutland, et permettrait à la Suéde d’annexer les îles danoises. C’est à Berlin que l’on n’a pas voulu entendre parler de ces aventures en expectative. Or, à Copenhague, on ignorait complétement ces dispositions de la Prusse, et, l’esprit plein d’angoisse au sujet de l’appétit prussien, on a lancé dans le public danois ce mot d’ordre: »Pas d’isolement! Entendons-nous avec la Prusse. Laissons, pour le moment, toute récrimination de côté.«

Le roi de Danemark, informé, à Fredensborg, de ces tendances de jour en jour plus répandues dans sa capitale, a cru agir dans le sens national en faisant inviter par son fils le prince impérial d’Allemagne. Ce dernier, spontanément, et sachant qu’å Berlin on aimait à ne pas augmenter les griefs du Danemark, a accepté l’invitation avec cette cordialité qui lui vaut partout une popularité extraordinaire. On connaît l’histoire des toasts prononcés de part et d’autre au château de Fredensborg.

Toutefois, lorsqu’à Copenhague on a eu connaissance de la visite du prince impérial, et que l’on a appris, d’autre part, que l’on n’était ni aussi isolé, ni aussi menacé qu’on l’avait cru, l’enthousiasme pour une entente avec l’Allemagne s’est peu à peu refroidi, de sorte que, pour le moment, le sentiment public est presque (mais non tout-å-fait) complétement retourné à son ancien niveau, en ce qui concerne la Prusse; d’autant plus que l’on sait, maintenant, que la visite s. 197 du prince impérial n’aura aucune conséquence tangible et immédiate relativement à l’affaire du Slesvig du Nord.

En Allemagne, par contre, on a vu avec beaucoup de plaisir soit la visite du prince impérial, soit la première phase du changement opéré dans le sentiment public en Danemark; et il ne serait pas impossible que M. de Bismarck, en présence de ces tendances, en fit le point de départ de sa politique ultérieure. Voici comment et pourquoi:

Le chancelier, et surtout son entourage, penchent vers cette idée, que la prochaine guerre, inévitable avec la France, serait non seulement une guerre de revanche, mais pardessus tout une guerre de religion, une guerre du catholicisme, de l’ultramontanisme, contre le monde libéral en matiére religieuse et contre le protestantisme. A la Ligue probable des nations catholiques il faudrait pouvoir opposer alors la Ligue des nations protestantes, c’est-à-dire des Allemands, Danois, Suédois, etc. Pour préparer ce but, pour le rendre possible, il faut un rapprochément simulanté des Etats, qui défendent l’entrée de la Baltique. C’est sur cette base que l’on croit devoir opérer à l’avenir à l’égard des pays scandinaves, et la visite du prince impérial d’Allemagne à Copenhague, comme à Christiania et à Stockholm, peut être considérée comme la premiére étape faite sur cette voie d’apaisement et d’entente. Une fois les esprits apaisés, il sera beaucoup plus facile — on l’espére, du moins, — de formuler et de faire accepter les garanties que l’on croit nécessaires pour protéger les Allemands disséminés dans les districts du Slesvig du Nord. Ces garanties pourraient étre plus facilement accordées par les Danois, et l’Allemagne pourrait en exiger beaucoup moins, de sorte que l’exécution de l’article V du traité de Prague, toujours dans les limites des frontiéres déclarées nécessaires par l’Etat-major allemand, pourrait, à un jour donné, avoir lieu, pour sceller, par cet appoint, Falliance des deux Etats voisins.

s. 198 Je crois pouvoir vous garantir que les derniéres idées énoncées ci-dessus sont nourries dans les plus hautes spheres, et surtout dans l’entourage du prince impérial.

Oreby. — Optegnelse iblandt Udenrigsminister Baron RosenørnLehns Papirer med Paaskrift: Source prussienne. Muligvis modtaget gennem Jules Hansen. Haandskriften er dog ikke Jules Hansens, men den samme som i et andet Brev paa Oreby mrkt:: Source prussienne 12/9 [intet Aar] og undertegnet X.