Danmarks Breve

BREV TIL: Frederik Georg Julius Moltke FRA: Carl Rudolph Emil Vind (1875-07-23)

Kammerherre Vind, Gesandt i St. Petersborg, til Udenrigsminister Grev Moltke.
St. Pétersbourg, 23/11 juillet 1875.

Monsieur le Comte.

Le Roi Oscar est parti de Kronstadt lundi dernier dans la soirée, accompagné par S. M. l’Empereur et les Grandducs jusqu’à son navire et par une escadre russe jusq’aux limites des eaux russes. Je crois ne pas me tromper en disant, qu’en s. 409 général le Roi a laissé ici une impression des plus favorables, de même que de son coté Sa Majesté suédoise a été on ne peut plus satisfaite de l’accueil qu’Elle a rencontré ici. Des deux côtés on n’entend que des voix unanimes à ce sujet.

Il est évident qu’un voyage tel que vient de l’accomplir le Roi de Suéde et de Norvége aux cours des états voisins ne peut manquer d’avoir une importance politique au moins indirecte mais dont il serait peut-être encore prématuré de prononcer une opinion décidée. En se rapprochant des deux grandes cours du Nord et en sortant ainsi de l’isolement oú s’étaient tenus en quelque sorte les deux royaumes pendant le régne précédent, le Roi Oscar a fait le premier pas vers une intimité avec ses voisins qui ne peut que devenir profitable non seulement à ses propres états mais aussi à tout le Nord scandinave.

Je sais que le Roi a déja à Berlin parlé avec chaleur la cause du Danemark par rapport à une solution équitable de la question du Nord-Slesvig. Le Roi lui-même l’a dit à M. de Jomini et à M. de Hamburger 1) qui me Font répété. C’est surtout avec le Prince Impérial en qui le Roi Oscar paraît avoir une grande confiance, que le Roi s’est entretenu à ce sujet. Mais aussi avec l’Empereur Guillaume et avec le prince de Bismarck il en a parlé, et ce dernier, avec sa »franchise« connue, a avoué au Roi que la non-exécution du traité était »un acte inique«. Toutefois, il parait que cela s’est fait d'une façon tout académique et les réponses que le Roi a reçues ont été tout évasives, n’engageant à rien. Les articles que contenait peu de temps après le journal officieux »Norddeutsche Allgemeine Zeitung« relativement à cette affaire, prouvent suffisamment que le cabinet de Berlin n’a pas changé sa manière de voir.

Ici, le Roi Oscar s’est longuement entretenu d’abord avec M. de Jomini puis avec M. de Hamburger sur le même sujet. s. 410 J’ignore encore jusqu’à quel point le Roi en a parlé à l’Empereur (M. de Jomini encore hier n’avait pas parlé avec Sa Majesté l’Empereur de cette affaire), mais je n’en doute pas. Il leur a fait voir l’importance d’une solution équitable non seulement pour la cause du Danemark mais pour la situation politique en général et spécialement des pays scandinaves vis à vis de l’Allemagne. Il a exprimé le désir que la Russie use de son influence à Berlin pour en venir là. M. de Jomini a fait au Roi la même réponse que moi-même j’ai reçue chaque fois quand ces dernières années j’ai porté la conversation sur cette affaire: que le cabinet Impérial, tout en appréciant l’importance de la question, était d’avis que, pour le moment, toute démarche à Berlin serait infructueuse et ne ferait qu’exciter les susceptibilités du cabinet de Berlin; que l’Empereur en avait souvent parlé à Berlin où l’opinion de Sa Majesté à ce sujet était bien connue. Le Roi avait paru croire qu’un changement de règne opérerait peut-être un changement dans les dispositions du gouvernement allemand à cet égard et que le Prince Impérial à qui le Roi attribue un grand esprit pacifique et d’équité, une fois sur le trone, trouverait moins de difficultés à vaincre que l’Empereur actuel pour résoudre la question. Je dois avouer, monsieur le comte, que je ne vois pas bien pourquoi ces obstacles, s’il y en a, seraient plus difficiles à vaincre pour l’Empereur actuel qui jouit en Allemagne de tout le prestige des lauriers gagnés, que pour un successeur éventuel qui n’a pas au même point ses avantages. Et ces obstacles ne faudrait-il pas plutôt les chercher dans ce qu’on peut appeler »l’esprit prussien« qui sans doute ne se modifiera pas de sitot, que dans des personnalités qui toujours seront plus ou moins forcées de tenir compte de cet esprit et de s’y conformer?

Quoiqu’il en soit, le fait que le Roi Oscar, à Berlin et ici, a trouvé moyen d exprimer toute l’importance qu il met pour l’avenir du Nord scandinave dans la solution équitable de cette question, aura toujours l’avantage d’avoir rappelé s. 411 au souvenir de l’Europe l’existence de cette question qui — je l’ai bien accentué à M. de Jomini — n’a pas d’autre base que l’obligation, contractée dans un traité solennel signé par le Souverain actuel de la Prusse, sans laquelle ni les populations danoises du Slesvig ni le Danemark ne seraient en droit de rien réclamer de la Prusse.

Je n’ai pas, monsieur le comte — pas plus que mes collègues — eu l’occasion de voir le Roi Oscar plus d’une seule fois, le corps diplomatique n’ayant été invité à aucunes des fêtes de Peterhof à l’exception des ambassadeurs qui ont assisté au grand diner gala.

E. Vind.

Depeche Nr. 21, modtaget 31. Juli 1875.