Danmarks Breve

BREV TIL: Christian Heinrich August Hardenberg-Reventlow FRA: Carsten Tank Anker (1814-08-29)

38.

Londres ce 29. Août 1814.

A

Monsieur le Comte de Hardenberg-Reventlow,

Altona.

La nouvelle la plus frappante vient de me surprendre. Après avoir vu deux ou trois bulletins complètement à la française parlant des hauts faits, de l'humanité et des procédés nobles, qui ont marqué les traces des véritables amis des Norvégiens, je ne puis pas disconvenir qu'au travers de ce mélange de fatuité et d'arrogance, j'ai fort bien pu découvrir que l'ennemi avait fait du progrès.

Les îles des Hvaløer, étant sans défense, furent d'abord occupées. De là on s'est porté sur Fredriksstad, une forteresse, qui exigerait 6 à 8000 hommes pour être bien défendue, et qui n'[en]avait en tout que 1500. Elle fut prise et servit ensuite de point fixe, d'où les opérations militaires ont pu s'étendre avec une facilité extrême, mais je suis pourtant convaincu que chaque pouce de terrain a coûté cher à l'agresseur. Du côté de Kongsvinger, à juger même des bulletins suédois, la résistance à eu plus d'effet. Enfin! pour revenir à la nouvelle du jour, je vous envoie, mon chérissime ami, copies des conventions que la gazette d'aujourd'hui — The Times —■ nous annonce avoir été conclues entre les deux parties combattantes.

Je n'ai encore rien reçu, par conséquent je ne puis ni contredire, ni conlirmer • ces pièces prétendues officielles, mais en admettant même sans réserve comme vrai tout ce qui y est dit, il me parait clair que le Prince héréditaire a eu l'occasion de se convaincre que la résistance qu'il a éprouvée n'est point I'effet d'une fraction, mais de la haine généralement nourrie contre les Suédois. Le Roi n'a certainement pas résigné et la grande question, c'est à dire: l'union entre la Norvège et la Suède, n'est nullement décidée. Le Roi a suivi avec une fermeté scrupuleuse Pesprit de la constitution. II a la conscience nette et le serment, qu'Il a prêté au peuple, est intact.

Vous connaissez les conditions qu'Il proposa aux Commissaires, ainsi je ne les répéterai pas. Comparez les avec celles de la s. 513 présente Convention et vous trouverez qu'à l'exception des deux forteresses que le Roi avait proposé de garnisonner par les troupes •des Alliés au lieu qu'à cette heure elles le seraient par des troupes suédoises, le reste se ressemble à peu près. Pour en bien juger, il fallait connaître les circonstances au juste, et nous les ignorons encore.

Des lettres particulières de Copenhague parlent du défaut d'ammunitions, elles vont plus loin, elles lâchent quelques mots pour signifier que le Roi a été environné des traîtres.

J'attends chaque jour à voir venir un parlementaire, persuadé que le Roi ne m'oubliera pas, et je vous communiquerai aussitôt l'essentiel et le vrai, vous priant de vouloir en faire part à l'excellent homme à Leicester Square. Je prévois, sans cependant me flatter, que le Roi a voulu gagner du temps, et il a réussi. La Diète ne consentira jamais à I'union, surtout si en attendant nous serons [sic] pourvus des vivres et d'ammunition. Si avec cela nous pouvions compter sur l'assistance des cabinets predominants, c'est à dire sur leur médiation, nous nous tirerons positivement encore d'affaire.

Veuillez me dire, mon estimable ami, le plutôt le mieux, comment sont disposées les Cours de Berlin et de Vienne. Je crois positivement que le Prince héréditaire doit être plus mal que jamais auprès d'elles depuis les rapports des commissaires.

Sondez le terrain et instruisezmoi. J'attends aussi sans faute votre opinion, fondée sur celles des ministres, si je serai recu à Vienne ou non. Si on veut m'y voir, ne croyez vous pas qu'il f allait [sic] y aller avant que la Diète ait terminé ses discussions? Vous sentez bien que nous devrions savoir d'avance a quoi nous en tenir. Je vous supplie, répondezmoi bientôt et entrez en détail. Dieu vous bénisse.

C. Anker.

P. S. Je vous [en] supplie à genoux: faites agir le Grand •chancelier.