Danmarks Breve

BREV TIL: Peter Elias von Gähler FRA: Johan Hartvig Ernst Bernstorff (1762-02-09)

23. Bernstorff til v. Gähler9. Febr. 1762.

à

Mr. l’Envoyé de Gähler

à Constantinople.

Monsieur.

Je me hâte de repondre à la Lettre particuliere que Vous m’avés fait l’honneur de m’ecrire le 17 Novembre au Sujet de Mr. van Haven et de ses Associés. J’ai communiqué le tout á S. Ece Mr. le Grand Marechal, et Nous Vous sommes très obligés l’un et l’autre des Soins que Vous prenés de cette Affaire, et du Detail dans lequel Vous entrés là dessus.

Il est triste de voir echouër une Entreprise qui a couté tant de Peines et tant de Depenses, et de se voir frustrer d’avance des Avantages que les Lettres et les Sciences étoient en Droit d’attende du Voyage de cette Societé. Ce que Vous dites, Monsieur, du Caractere de chacun de ses Membres, me paroit aussi judicieux que la Conclusion que Vous en tirés, juste. S’il n’y a pas d’autre Moyen de retablir la Concorde ou le Calme parmis ces Esprits inquiets et turbulents ; Si Vous croyés la Separation de Mr. van Haven un Remede aussi necessaire qu’efficace, Mr. le Grand Marechal y consent, et je joins ici sous Cachet volant les Lettres qu’il en ecrit en Consequence, tant à Mr. van Haven en particulier, qu’au Reste de la Societé. Vous serés le Maitre, Monsieur, de Vous en servir si Vous le voulés, et d’arranger le tout de la manière que Vous lavés proposé, ou de garder devant Vous ces Lettres et de laisser faire à ces Mrs. leur Voyage comme ils l’entendent et comme il le leur enjoint, sans leur rien prescrire de nouveau.

Vous avés pressenti Vous-même les Inconvenients qui neces sairement doivent resulter de la Separation de Mr. van Haven de les autres Compagnons. Il s’est preparé d’une maniere particuliere au Voyage du Mont Sinai et de l’Arabie. Touts les Succes, toute l’Utilité de ce Voyage qui souvent a été entrepris, et qui faute de Connoissances suffisantes n’a jamais reussi, sont fondés sur celles que Mr. van Haven a acquises : Le separer des autres et l’envoyer en Egypte, reconnoitre et verifier les Antiquitès que tant d’autres avant Lui ont examinèes et publiées, c’est s’eloigner du bût, et ne Lui donner qu’une Destination ordinaire et bien moins interessante que celle, à laquelle il s’etoit voué. Il se peut bien que le Mont Sinai ne Nous fournisse aucun Monument historique, et que s. 132 les Inscriptions que d’autres Voyageurs pretendent y avoir vues, ne meritent pas la peine d’etre examinées ; Mais c’est precisement cette Incertitude, qui a determiné le Roi à y envoyer quelqu’un en état d’en juger, et Mr. van Haven est le seul de toute la Societé qui en peut connoitre et auquel on pourroit se fier la dessûs.

Je puis dire la même Chose du Voyage de l’Arabie. Il s’agit d’eclaircir plusieurs Passages de l’Ecriture Sainte, plusieurs Termes de Geographie et d’Histoire naturelle; et il n’y a encore que Mr. van Haven qui puisse faire les Recherches.

One ne peut pas non plus Lui faire entreprendre ces Voyageslà seul, Il ne sauroit y suffire, et c’est pour Lui, c’est pour qu’il soit aidé dans Ses Observations, et que rien ne manque à l’Exactitude des Recherches, que le Roi lui a adjoint le Dessinateur, le Medecin, le Botaniste, et le Mathematicien.

Ce n’est pas toute encore, Monsieur, si nous en separons Mr. van Haven, Mr. Forskål prendra Sa place et se trouvera ainsi à la Tête de cette Societé. Lui, Suedois, s’accomoderat-il mieux avec les autres que n’a fait leur Compatriote? Je sais bien, qu’ils sont tous egaux; que personne ne depend ni de Mr. van Haven, ni de Mr. Forskaal, mais il faut tousjours qu’un d’Eux soit le premier, et ce premier se croira constamment plus que les autres. Mettons encore que Mr. Forskaal avec les autres Membres de la Societé reusisse dans Ses Recherches, la Republique des Lettres ne connoitra que Lui, et on ne parlera que de Lui. Il paroitra avoir tout fait, et rien ne seroit plus sensible à la Nation, que de voir cet Etranger Lui enlever la Gloire d’une Entreprise, formée dans Son Sein et executée par la Munificence de Son Roi.

Ce sont ces Reflexions, Monsieur, qui Nous font tant de Peine et qui Nous font souhaiter l’Execution du premier Plan de ce Voyage. Si cependant Vous jugés l’humeur de Mr. van Haven absolument incompatible avec celle des autres, si les Dangers que ceux ci croyent courrir avec lui, Vous paroissent réels et imminents, et si Vous ne trouvés ainsi pas d’autre moyen de les accorder, ou de les calmer, qu’en les separant, Vous pouvés le faire, et Vous servir des Lettres que Mr. le Grand Mareshal Vous envoit pour cet Effet.

J’ai l’honneur d’être avec une consideration infinie

Monsieur
Votre très humble et
très obeïssant Serviteur
Bernstorf.

à Copenhague
le 9 Fevr. 1762.

s. 133 [Bernstorffs egenhændige Tilføjelse:]

Au lieu de 2 lettres que j’attendois de Mr. le Grand Marechal il ne m’en a envoyé qu’une et cachetée. Elle contient les ordres pour la Separation dans le Cas de Necessité, et je souhaite fort que Vous puissiés Vous dispenser d’en faire Usage.