Danmarks Breve

BREV TIL: Johan Hartvig Ernst Bernstorff FRA: Peter Elias von Gähler (1762-04-17)

25. von Gähler til Bernstorff17. April 1762.

Monsieur.

Moins persuadé que depuis longtems je n’aie du l’etre de la confiance dont Votre Excellence m’honore, je n’en desirerois d’autre temoignage que celui qu’Elle m’a fait la grace de m’en donner par Sa depeche du neuf de fevrier, sur le sujet de Mr. van Haven et de ses compagnons de vojage.

J’y remarque avec autant de respect que de reconnoissance, Monsieur, que Vous et Monsieur le Grand Marechal me laissés le maitre, ou de separer cette societé suivant les representations que j’en avois faites à Votre Excellence par ma lettre particuliere du dix sept de novembre, ou de lui faire continuer le premier plan de sa destination comme elle l’entend et sans y porter aucune alteration.

Je Vous avoue, Monsieur, qu’autant que malgré mes propres observations, les facheux rapports de Rhodes sembloient militer s. 136 pour la necessité de la separation autant je la trouve balancée par la sagesse la force des reflections de Votre Excellence, et de celles de Monsr. le Comte de Moltke.

Elles ne me font envisager que l’objet sur lequel elles roulent, la gloire d’une entreprise formée dans le sein de la nation et executée par la munificence de son Roi.

Ces reflections sont trop belles trop judicieuses, pour ne me pas preter des ressources de persuasion, dont mon entendement peut-etre se fut trouvé embarrassé.

Je vais travailler à precher la raison à ces Messieurs. Possible l’ecouteront ils, quelque aigreur quelque animosité ou antipathie qu’il y ait entre eux, et dont deux des ci jointes trois lettres 1) ne laissent pas que de retracer le caractère. Je ne manquerai pas, Monsieur, de communiquer à Votre Excellence celles, qu’a cet effet je pense leur ecrire dans peu de jours d’ici. Il se pourra, qu’en me rendant caution de la frivolité de l’illusion formée sur les pretendus dessins de Mr. van Haven, et en calmant les inquietudes qu’elle a occasionnées, je parviendrai encore à porter ses antagonistes, sinon à lui rendre toute la confiance qu’ils s’entredevroient, du moins à s’entresouffrir, à s’entreaider dans les objets qui leur sont communs.

Par bonheur, Mr. van Haven ou ignore, ou fait semblant d’ignorer les soupçons dont l’imprudence seule pourroit l’avoir rendu coupable, et entre les autres le Sr Niebuhr me paroit le plus propre, à menager au moins les dehors de la tolerance. Enfin je suplie Votre Excellence de Se persuader, et de persuader pareillement S. E. de Moltke, que je n’omettrai rien au monde de possible, pour exhorter pour ramener les membres de la societé à tous leurs devoirs.

Si apres tout il faudroit en venir à l’extremité de les separer, comme j’espere qu’il n’arrivera-pas, on sera toujours a meme de le faire.

Autant que j’observe par la lettre de Mr. van Haven, il s’etoit determiné à faire le vojage du mont Sinai accompagné du seul peintre. Par contre il sembleroit par les rapports de Messrs Forskål et Niebuhr, qu’ils eussent eu dessin d’y aller ensemble. Leurs nouvelles ulterieures m’informeront de ce qui en aura eté toutefois il paroit que dans l’un ou l’autre cas, ils ajent pris le meilleur s. 137 parti de faire ce vojage separement de celui qu’ils ont à entreprendre dans la suite pour l’Arabie. L’espace du tems qui leur restoit jusqu’à la saison de la navigation de la mer rouge, leur suffira pour la recherches des susdites contrées, et pour retourner au Caire. Les motifs allegues sont conductés par tous ceux qui connoissent ces pais.

Suivant la note de la Depence generale ajoutée à la lettre de Mr. Niebuhr, la caisse en etoit deja au tiers du debours de la premiere somme destinée pour cette societé. Mais il est à observer, que les premiers besoins en fournitures et autres, et bonifiés separement, y etant entrés pour une somme asses considerable, ceux de leur futur entretien, à l’exception des fraix des vojages, ne sauroient probablement et à proportion du tems absorber la meme exigence. Les mojens de leurs besoins au dela de Suez et de Gidda, sont ceux qui les embarrassent, et m’inquietent le plus.

Suivant ce qu’eux et d’autres m’en disent, il n’y en aura guerre de plus practicables, que de leur en faire prendre tout le montant en comptans. Cette ressource est hasardeuse et sujette a bien des inconveniens. Mais n’y en ajant pas d’autre absolument il faudra bien que ces Messieurs fassent de necessité vertu. Tout ce qu’on pourra ce sera par des meilleurs avis et toute la securité possible, de les garantir des perils les plus eminens qu’ils auroient à courrir.

Je suis avec le plus profond respect

Monsieur
de Votre Excellence
le tres humble et tres obeissant
serviteur
S. G. v. Gähler.

Constantinople
ce 17. Avril 1762.